Inégalités dans les amputations du membre inférieur liées au diabète
Inégalités dans les amputations du membre inférieur liées au diabète ggagnonLe 26 septembre 2024 — Le diabète et ses complications touchent disproportionnellement certaines populations dont les ressources sont limitées, notamment celles qui se heurtent à des obstacles aux soins de nature sociale, financière et géographique. L’examen des inégalités dans les amputations du membre inférieur liées au diabète peut aider à cibler les efforts d’amélioration et à définir les populations à risque élevé afin d’adapter les interventions.
Les taux d’amputations varient selon le sexe et des facteurs liés au quartier
Cette analyse a révélé d’importantes inégalités liées au sexe, au revenu, ainsi qu’au niveau d’achèvement des études secondaires et de défavorisation sociale du quartier.
Texte de remplacement
Le taux d’amputations de la jambe liées au diabète était
- 3 fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes (14 contre 5 par 100 000 habitants);
- 3 fois plus élevé chez les résidents des quartiers au revenu le plus faible que chez ceux des quartiers au revenu le plus élevé (16 contre 5 par 100 000 habitants);
- 4 fois plus élevé chez les résidents des quartiers au taux d’achèvement des études secondaires le plus faible que chez ceux des quartiers au taux le plus élevé (21 contre 5 par 100 000 habitants);
- 3 fois plus élevé chez les résidents des quartiers au taux de défavorisation sociale le plus élevé que chez ceux des quartiers au taux le plus faible (15 contre 6 par 100 000 habitants).
Remarques
Fondé sur l’analyse des taux normalisés selon l’âge par 100 000 membres de la population générale de 18 ans et plus.
Le revenu, le taux d’achèvement des études secondaires et le taux de défavorisation sociale ont été définis à l’échelle du quartier à l’aide du code postal du lieu de résidence des patients. Consultez les notes méthodologiques pour en savoir plus sur ces mesures.
Le Québec n’est pas inclus dans les résultats relatifs à l’achèvement des études secondaires et à la défavorisation sociale.
Sources
Base de données sur les congés des patients, Système national d’information sur les soins ambulatoires et Base de données sur la morbidité hospitalière, 2020-2021 à 2022-2023, Institut canadien d’information sur la santé.
Les résultats associés au revenu, au taux d’achèvement des études secondaires et au taux de défavorisation sociale comparent les quartiers les plus et les moins défavorisés (c.-à -d. les quintiles).
La défavorisation sociale est une mesure combinée qui a pour but de cerner les membres de la population qui disposent d’un réseau social restreint; elle prend en considération les personnes qui vivent seules et les personnes monoparentales, séparées, divorcées ou veuves¸éé´Úé°ù±ð²Ô³¦±ð1.
Les inégalités observées étaient similaires pour les amputations de la cheville, du pied et de l’orteil, ainsi que pour les hospitalisations en raison d’une gangrène, d’une infection ou d’un ulcère lié au diabète. Vous trouverez les résultats à l’échelle nationale, provinciale et territoriale dans les tableaux de données accessibles à la page Télécharger les données.
Les interactions révèlent d’autres écarts
Chaque personne a plusieurs identités et positions sociales (p. ex. sexe et genre, statut socioéconomique, identité raciale)¸éé´Úé°ù±ð²Ô³¦±ð2. L’examen des interactions entre les facteurs de stratification de l’équité peut améliorer la compréhension des expériences vécues par les membres de la population et des couches d’inégalités qui les affectent. Dans le cadre de cette analyse, nous avons étudié les interactions du revenu, de l’emplacement géographique, de la scolarité et de la défavorisation sociale avec le sexe et l’âge.
Le taux d’amputations diminuait à mesure que le revenu du quartier augmentait, tant chez les hommes que chez les femmes. Les hommes habitant dans les quartiers au revenu le plus faible présentaient un taux d’amputations très élevé. À 24 par 100 000 habitants, le taux normalisé selon l’âge d’amputations de la jambe chez les hommes vivant dans les quartiers au revenu le plus faible était 8 fois plus élevé que celui des femmes dans les quartiers au revenu le plus élevé (3 par 100 000 habitants).
Nous avons observé des tendances similaires selon l’âge pour le revenu du quartier, ainsi que selon le sexe pour le taux d’achèvement des études secondaires et de défavorisation sociale du quartier.
Taux élevés dans les régions rurales et éloignées
Diverses mesures permettent de définir les collectivités urbaines ou rurales et éloignées. Ce rapport emploie 2 mesures distinctes de Statistique Canada : l’indice d’éloignement et le genre de la Classification des secteurs statistiques. Consultez les notes méthodologiques pour en savoir plus sur la façon dont ces mesures ont été utilisées.
Selon l’indice d’éloignement, fondé sur la taille de la population et les coûts estimés de déplacement, les taux d’amputations de la jambe allaient de 7 par 100 000 habitants dans les grands centres urbains facilement accessibles à 49 par 100 000 habitants dans les collectivités très éloignées. Plus des 3 quarts (77 %) des membres de la population totale du Canada vivent dans une région urbaine facilement accessible, et environ 2 % vivent dans une région éloignée ou très éloignée, tel que le définissent les 5 catégories de l’indice d’éloignement.
À partir de 2 catégories de genre de la Classification des secteurs statistiques de Statistique Canada, nous avons découvert que le taux d’amputations de la jambe liées au diabète était 1,6 fois plus élevé chez les 16 % de personnes qui vivent dans des collectivités rurales ou éloignées que chez les 84 % de personnes qui vivent en région urbaine (13 contre 8 par 100 000 habitants).
Les inégalités géographiques étaient similaires pour les amputations de la cheville, du pied et de l’orteil, ainsi que pour que les hospitalisations en raison d’une gangrène, d’une infection ou d’un ulcère lié au diabète. Vous trouverez les résultats dans les tableaux de données accessibles à la page Télécharger les données.
Moins de dispensateurs de soins dans les collectivités rurales et éloignées
Le fait que les dispensateurs de soins de santé sont moins nombreux dans les régions rurales et éloignées contribue à gonfler les frais de déplacement et à allonger l’attente pour accéder aux services. Or, une analyse récente démontre que les taux de dispensateurs de soins par habitant dans les régions rurales et éloignées du Canada diminuent au fil du temps¸éé´Úé°ù±ð²Ô³¦±ð3.
Pour les soins des pieds liés au diabète, les dispensateurs qui fournissent des services de prévention cruciaux — comme les podologues, podiatres, infirmières spécialisées en soins podologiques et médecins spécialistes (p. ex. les chirurgiens vasculaires) — sont concentrés dans les grands centres urbains¸éé´Úé°ù±ð²Ô³¦±ð4 ¸éé´Úé°ù±ð²Ô³¦±ð5. Une étude ontarienne a révélé une corrélation entre les taux supérieurs d’amputations de la jambe observés dans les régions rurales et éloignées et le faible nombre de services vasculaires (évaluations et interventions)¸éé´Úé°ù±ð²Ô³¦±ð5.
Le Modèle des systèmes de santé en région rurale de l’ICIS fournit des facteurs contextuels à considérer dans la planification des services de santé dans les régions ou systèmes de santé ruraux, comme les caractéristiques sociodémographiques d’une population rurale et les possibilités de collaborer avec les organismes communautaires.
Tenir compte de la prévalence du diabète
Le diabète est plus fréquent chez les hommes, les personnes vivant dans les quartiers au revenu le plus faible et celles qui ont un faible niveau de scolarité¸éé´Úé°ù±ð²Ô³¦±ð6.
Afin de prendre en considération ces différences touchant la prévalence, nous avons aussi calculé les taux d’amputations du membre inférieur par rapport au nombre de personnes ayant reçu un diagnostic de diabète. Cette analyse a révélé des inégalités significatives selon le sexe, le revenu, le taux d’achèvement des études secondaires et le taux de défavorisation sociale du quartier, quoique celles-ci soient inférieures aux inégalités observées dans la population générale. Par exemple, le taux d’amputations de la jambe normalisé selon l’âge était
- 2,8 fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes (14 contre 5 par 100 000 habitants) dans la population générale;
- 2 fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes (86 contre 42 par 100 000 habitants) pour les personnes ayant reçu un diagnostic de diabète selon les estimations du Système canadien de surveillance des maladies chroniques.
Ces constatations donnent à penser que les inégalités dans les complications du diabète touchant le membre inférieur ne sont pas uniquement attribuables aux écarts dans la prévalence du diabète, et que les différences dans la gestion du diabète pourraient aussi y contribuer.
La prévalence du diabète varie peu en fonction de l’emplacement (urbain, rural ou éloigné) des collectivités¸éé´Úé°ù±ð²Ô³¦±ð6. Toutefois, les personnes incluses dans les données et d’autres limites de données peuvent influer sur ces estimations provenant d’une enquête.
Lacunes dans les données
Aux fins de cette analyse, nous nous sommes concentrés sur les inégalités entre les groupes de population pour lesquels les données sociodémographiques requises (c.-à -d. des facteurs de stratification de l’équité) étaient déjà disponibles. Pour cette raison, nous n’avons pas pu examiner toutes les inégalités pertinentes pour l’amélioration de l’équité dans la prévention et la gestion du diabète.
Par exemple, la prévalence supérieure du diabète et ses résultats indésirables, y compris l’amputation du membre inférieur, chez les Premières Nations et Métis du Canada sont bien documentés ¸éé´Úé°ù±ð²Ô³¦±ð7. Selon des données probantes, d’autres populations, comme les Noirs et Asiatiques du Sud-Est, afficheraient également une prévalence supérieure de diabète et pourraient se heurter à plusieurs obstacles à la gestion efficace de leur maladie, comme des barrières linguistiques dans les milieux de soins¸éé´Úé°ù±ð²Ô³¦±ð8 ¸éé´Úé°ù±ð²Ô³¦±ð9 ¸éé´Úé°ù±ð²Ô³¦±ð10 ¸éé´Úé°ù±ð²Ô³¦±ð11. Pour les données hospitalières canadiennes, les renseignements sociodémographiques, y compris la race, l’ethnie et la langue des patients, ne sont pas recueillis, ce qui limite les possibilités d’analyse des inégalités.
Ressources connexes
¸éé´Úé°ù±ð²Ô³¦±ðs
1.
Institut national de santé publique du Québec. . 2024.
2.
Centre de collaboration nationale des déterminants de la santé. . 2022.
3.
Institut canadien d’information sur la santé. État de la main-d’œuvre de la santé au Canada, 2022. Consulté le 20 juin 2024.
4.
Boyd, AJ. . European Journal of Vascular and Endovascular Surgery. 2021.
5.
de Mestral C, et al. . CMAJ Open. 2020.
6.
Agence de la santé publique du Canada, et al. [outil Web]. Consulté le 10 juin 2024.
7.
Blanchette V, et al. . Frontiers in Endocrinology. 2023.
8.
Agence de la santé publique du Canada. . Consulté le 28 mai 2024.
9.
Swaleh RM, Yu C. . Canadian Journal of Diabetes. 2021.
10.
Sohal T, et al. . PLOS One. 2015.
11.
Tjepkema M, et al.; Statistique Canada. . Rapports sur la santé. 2023.