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« Ensemble, nous pouvons changer le monde » : survivre à la septicémie

40 min | Publié le 18 mars 2025

On l’appelle la tueuse silencieuse. C’est parce que le public est peu sensibilisé à la sepsie et que l’on dispose de peu de données sur le nombre de personnes qu’elle touche. Christine Caron et Djibril Kande veulent toutefois remédier à cela. Après avoir failli mourir d’un choc septique et s’être fait amputer des membres, ils ne connaissent que trop bien les risques liés à cette affection. Et ils ne sont pas les seuls. Le Dr François Lamontagne mène des recherches sur la sepsie depuis des années, et il souhaite contribuer à réduire le nombre de décès dus à la sepsie. 

Cet épisode est disponible en français seulement.

Transcription

Alya Niang

Imaginez que vous vous réveillez à l’hôpital pour apprendre que les médecins doivent vous amputer les pieds et les mains ou encore le pied pour vous sauver la vie.

C’est exactement ce qui est arrivé à Christine Caron et Djibril Kande, le prix terriblement éprouvant qu’ils ont payé pour une maladie appelée sepsis qui a bouleversé leur vie.

Christine Caron

Moi, je n’ai pas pris les nouvelles très bien. J’ai fait une dépression. J’étais suicidaire à un point. Être capable de garder ma main droite, ça a changé mon esprit un peu. Mais j’étais une mère dans une situation monoparentale, très indépendante. Alors, ça a touché toute ma vie.

Alya Niang

Selon Sepsis Canada, près de 200 Canadiens meurent chaque jour de cette maladie. Certains, comme Christine et Djibril, ne survivent qu’après des mois d’hospitalisation.

Djibril Kande

Le docteur disait que j’étais gravement malade. Je ne pouvais pas me bouger parce que j’étais sur le lit ça fait longtemps puis j’ai perdu beaucoup de poids, j’avais ma barbe. Puis ils expliquaient que je serais dans l’hôpital pour un long séjour.

Alya Niang

Le sepsis survient lorsqu’une infection quelque part dans le corps déclenche une énorme inflammation qui entraîne l’arrêt des organes. C’est l’état de santé le plus mortel au monde. Et des médecins comme François Lamontagne tentent de changer les choses.

François Lamontagne

Je pense que la première étape urgente qu’on aurait dû faire hier, c’est de régler la question du monitoring et du suivi des statistiques épidémiologiques. Après ça, les données, elles existent. C’est pour de mauvaises raisons qu’elles sont difficiles d’accès et difficiles à traiter. Mais en donnant les ressources à des organismes compétents, on est capable tout de suite de mieux comprendre l’ampleur du problème, les différentes sortes de sepsis.

Alya Niang

Bonjour et bienvenue au Balado d’information sur la santé au Canada, la plateforme qui vous fournit de véritables expériences sur des sujets de santé qui comptent pour nous tous. Ici, Alya Niang, l’animatrice de cette conversation.

Rappelez-vous que les opinions et les commentaires de nos invités ne reflètent pas nécessairement ceux de l’ICIS, mais il s’agit d’un échange libre et ouvert, et celui-ci porte sur le sepsis.

Alors, nous avons avec nous aujourd’hui Christine Caron et Djibril Kande d’Ottawa. Bonjour, Christine.

Christine Caron

Bonjour, Alya.

Alya Niang

Bonjour, Djibril.

Djibril Kande

Bonjour, Alya. Ça va?

Alya Niang

Bien, merci. C’est un plaisir de vous avoir avec nous. Alors, je vais commencer par vous, Christine.
Connaissiez-vous le sepsis avant que vous l’ayez eu?

Christine Caron

Non, j’ai jamais entendu le mot. J’ai entendu le mot choc septique sur la télé, mais autrement, non.

Alya Niang

Et vous, Djibril?

Djibril Kande

J’ai déjà entendu ce mot dans un cours de biologie à l’école, mais je n’ai jamais pensé que ça allait m’arriver.

Alya Niang

Je vois.

Et Christine, que s’est-il passé? Vous pouvez nous expliquer un peu ce qui s’est passé.

Christine Caron

J’avais été malade un peu, à peu près un mois avant de me trouver à l’hôpital. J’avais eu une bronchite, peut-être une pneumonie, on n’était pas sûr.

Un après-midi, je jouais avec mes chiens et par accident, un de mes chiens a pris ma main droite. C’était juste une petite blessure, mais je l’ai bien nettoyée. On m’a dit que mon système immunitaire était tellement bas.

Je suis rentrée à l’hôpital à peu près six jours plus tard, à l’urgence. J’ai donné ma carte de santé à l’infirmière et j’ai tombé sans connaissance.

Alya Niang

Donc, vous étiez extrêmement malade. Vous vous êtes retrouvée à l’hôpital en urgence. Vous avez remis votre carte et vous vous êtes évanouie.

Christine Caron

Oui.

Alya Niang

Et par la suite?

Christine Caron

Bien, je me suis réveillée un mois plus tard. J’étais dans les soins intensifs. J’avais changé d’hôpital.

Alya Niang

Et qu’est-ce qui s’est passé quand vous vous êtes réveillée?

Christine Caron

Bien, on m’a expliqué que j’avais du dommage à des organes. En plus, on m’a dit qu’il faudrait amputer mes quatre membres pour survivre. Enfin, on m’a amputé trois membres et j’ai pu garder ma main. Mes reins fonctionnent à 50 %.

Alya Niang

Je comprends.

Et Djibril, pouvez-vous nous expliquer un peu votre cas, ce qui s’est passé?

Djibril Kande

Oui. Je vivais à Edmonton. Je conduisais une motocyclette, puis j’avais tombé. Puis j’avais un petit accident, mais je pensais que j’étais correct. J’ai eu des petites blessures, égratignures ici et là, puis je pensais que j’étais correct. Puis je partais à la maison. Un jour plus tard, je me sentais pas bien. Puis j’ai décidé d’aller à l’hôpital. Et lorsque j’étais à l’hôpital, c’est ça, c’est seulement ça que je me rappelle, puis je me suis réveillé du coma, un mois plus tard.

Alya Niang

Similaire à Christine…

Djibril Kande

Oui, c’est ça, oui.

Alya Niang

Et que s’est-il passé quand vous vous êtes réveillé un mois plus tard? Vous avez fait face à des médecins qui vous ont parlé, et j’imagine qu’ils vous ont expliqué un peu votre situation. Qu’est-ce qu’ils vous ont dit?

Djibril Kande

Ils m’avaient expliqué que j’étais gravement malade. Puis à ce moment-là, ils n’avaient pas beaucoup de réponses pourquoi ou qu’est-ce qui a causé ça. Mais ils continuent à faire des recherches.

Alya Niang

Et vous êtes resté à l’hôpital pendant combien de temps?

Djibril Kande

Initialement, j’étais à l’hôpital depuis le mois de mai jusqu’à septembre.

Alya Niang

Parfait.

Et Christine, en quoi le fait de ne plus avoir vos mains et vos pieds a-t-il changé votre vie?

Et est-il possible de décrire à quel point ce changement est profond?

Christine Caron

Moi, j’ai pas pris les nouvelles très bien. J’ai fait une dépression. J’étais suicidaire à un point. Être capable de garder ma main droite, ça a changé mon esprit un peu. Mais j’étais une mère dans une situation monoparentale, très indépendante. Alors, ça a touché toute ma vie. La vie de ma famille, la vie de mes enfants. Le sepsis a touché tout le monde dans ma famille. Le trauma que moi j’ai passé, on va dire, moi j’ai dormi. J’étais en coma pour la plupart. Et ma famille était là pour le mois, jour en jour. Le trauma, ça touche la vie de tout le monde.

Alya Niang

C’est clair.

Et Djibril, qu’en était-il pour vous, quand vous vous êtes réveillé? Qu’est-ce qu’on vous a appris?

Djibril Kande

Lorsque je me suis réveillé, j’avais tellement de questions parce que tout ce que j’ai vu, c’était des machines qui faisaient beaucoup de bruit. Puis je vois ma mère à ma droite, puis j’avais vu ma sœur à ma gauche, ce qui faisait pas de sens parce que pendant ce temps, elle vivait à Ottawa. Puis moi, je vivais à Edmonton tout seul durant ce temps. Puis j’ai essayé de mettre toutes les pièces ensemble, mais je pouvais pas comprendre.

Alya Niang

Vous essayiez de comprendre ce qui se passait?

Djibril Kande

Oui. Le docteur disait que j’étais gravement malade, je pouvais pas me bouger parce que j’étais sur le lit ça fait longtemps, puis j’ai perdu beaucoup de poids. J’avais ma barbe. Puis ils expliquaient que je serais dans l’hôpital pour un long séjour.

Alya Niang

Mm-hmm.

Djibril Kande

Oui.

Alya Niang

Est-ce qu’on vous a appris qu’on devait vous amputer?

Djibril Kande

Initialement, parce que ça, c’était le mois de mai, mais ils avaient mentionné l’amputation le mois de juillet.

Alya Niang

Oui.

Djibril Kande

Mais j’avais refusé parce que dans ma vie, jusqu’à date, j’avais jamais vu ni connu aucun amputé, à part Terry Fox, que j’ai appris en école. Puis j’étais jeune, je pouvais pas voir ma vie changer immédiatement, puis c’était vraiment difficile de l’accepter. Puis j’ai refusé.

Alya Niang

Vous avez refusé l’amputation.

Djibril Kande

Oui, oui.

Alya Niang

Et sur le coup, c’était… vous refusez cette amputation parce que vous avez pensé à votre vie. Vous n’étiez pas prêt à supporter ce changement étant jeune. Et vous étiez sportif également, si je ne me trompe pas.

Djibril Kande

Moi, j’étais sportif, mais j’avais aussi peur aussi. J’avais très peur.

Alya Niang

Je comprends. Et par la suite, que s’est-il passé?

Djibril Kande

Quelques mois plus tard, ma jambe, mon pied commençait à se détériorer et puis tout. Puis en 2011, c’est là où on a décidé d’aller à l’amputation métatarsale. Donc ça veut dire qu’un quart de mon pied droit devait se faire amputer, oui. Parce que j’essayais de sauver le plus que je pouvais.

Alya Niang

Je comprends.

Et Christine, quelle a été la courbe d’apprentissage la plus difficile après que vous ayez traversé ces amputations?

Christine Caron

Moi, pour une courbe, c’est la plus grosse courbe, c’était être le fardeau sur l’épaule de ma famille. Plus apprendre à être très indépendante, j’ai pu apprendre beaucoup. Mais étant sans membres, trois membres, j’ai besoin de l’aide. Et être capable de demander pour l’aide, ça, c’est pour moi une grosse courbe d’apprentissage. Et j’aime pas être le fardeau.

Alya Niang

Et, est-ce que vous avez des prothèses?

Christine Caron

J’ai des prothèses pour deux jambes. J’ai une prothèse pour ma main gauche, mais ce n’est pas une prothèse qui fonctionne. C’est une prothèse plutôt pour que le monde n’ait pas peur de moi. Pas mal.

Alya Niang

La partie esthétique, c’est ça?

Christine Caron

C’est ça. Et j’ai un bras de yoga, parce que moi aussi, j’étais un athlète avant.

Je courais, je faisais le yoga, mais pas comme Djibril, mais je faisais le yoga. Alors, j’ai un bras de yoga pour m’aider à garder ma force.

Alya Niang

Et pour les pieds, vous en avez?

Christine Caron

Oui, oui. J’ai deux prothèses que je porte à tous les jours, du moment que je me lève au moment que je me couche.

Alya Niang

Parfait. Et vous, Djibril, est-ce que vous portez une prothèse?

Djibril Kande

Oui, je porte une prothèse depuis 2019. C’est là où j’ai décidé d’aller avoir une amputation tibiale. Donc, oui. J’ai certaines prothèses pour faire.

Alya Niang

Donc, si je comprends bien, vous avez eu deux amputations, c’est ça?

Djibril Kande

C’est correct, oui.

Alya Niang

OK. Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment est arrivée la deuxième?

Djibril Kande

Oh, définitivement. Ma première amputation, comme je vous l’ai expliqué tantôt, c’était en métatarsiale. C’était en 2011. Mais ma qualité de vie était pas bonne, parce que j’avais toujours des douleurs du genou, de la hanche et aussi mon bas du dos aussi. Et j’ai marché souvent avec une canne ou avec des béquilles, puis j’étais toujours en douleur.

Puis en 2019, j’ai décidé d’aller faire l’amputation, qui est juste en dessous du genou, parce que je n’avais vraiment pas le choix, puis je l’ai fait.

Alya Niang

Pratiquement huit ans plus tard, c’est ça? Presque.

Djibril Kande

Oui, oui.

Alya Niang

Oui. Pour une meilleure qualité de vie, vous avez décidé de le faire.

Djibril Kande

Ah oui.

Alya Niang

Je comprends, je comprends.

Christine, vous êtes une défenseure des droits des patients. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet?

Christine Caron

Mais ce n’est pas facile. La plupart des patients sortent de l’hôpital sans vraiment comprendre ce qui leur est arrivé. Aussi, je travaille en recherche comme patiente et on a besoin de faire plus de recherches sur le sepsis et le choc septique.

C’est très difficile à supporter, les patients. Un défenseur, ce n’est pas facile. C’est très difficile. Il n’y a pas de soutien pour nous. On a un groupe de soutien pour les amputés. La plupart des patients sortent de l’hôpital sans comprendre ce qui leur est réellement arrivé. Vraiment un écart dans le système.

Je me trouve à falloir éduquer des patients sur le sepsis et les séquelles qui durent, à délivrer ces informations-là à quelqu’un qui a déjà souffert un trauma tel quel.

Alya Niang

Je comprends.

Et vous, Djibril, est-ce que vous faites partie de ce genre de groupe de support?

Djibril Kande

Oui, de mon côté, je suis plus aux côtés des amputés. Je fais plus de parrainage par pairs, comme je voyage beaucoup à travers le Canada. Puis, je rencontre les amputés à les expliquer à quoi s’attendre de ce voyage d’être un nouveau amputé. Et en même temps aussi, je parle aussi avec leur famille, juste leur donner de l’espoir et du support.

Alya Niang

Parfait.

J’imagine que quand on traverse une période aussi éprouvante de sa vie, on se rend compte que la vie ne tient qu’à un fil. Et le fait d’avoir survécu, cela peut être vu comme un privilège de pouvoir continuer à profiter de la vie.

Christine, comment vous voyez cette nouvelle vie maintenant?

Christine Caron

Il faut dire qu’il y a des journées qui sont très dures. Mais je suis tellement contente d’être en vie.

Alya Niang

´³â€™i³¾²¹²µ¾±²Ô±ð.

Christine Caron

Et j’essaie d’aider les autres qui sortent du feu, du trauma. Il doit y avoir une raison qu’on m’a sauvée. Et dans le moment, je pense que c’est pour aider les autres qui sont en train de traverser les mêmes routes. On marche ensemble. Et comme Djibril a mentionné, on essaie d’éduquer. Et le soutien, j’essaie de passer plus de temps avec ma famille. Mais vraiment, le soutien des autres, je pense que c’est quelque chose que je dois faire.

Alya Niang

C’est une seconde chance à la vie.

Christine Caron

Oui.

Alya Niang

Donc, j’imagine qu’on fait tout vraiment pour en profiter.

Christine Caron

Oui, oui. Comme je disais…

Alya Niang

De la meilleure manière possible.

Christine Caron

Oui, absolument.

Alya Niang

Et vous, Djibril, comment vous voyez cette vie maintenant? J’imagine que vous la voyez autrement.

Djibril Kande

Bon, la vie maintenant, je l’apprécie beaucoup. Puis, j’essaie de pas prendre ça à la légère.

Alya Niang

Oui.

Djibril Kande

Oui, oui. Tous les jours comptent. Parce que, comme tu as dit tantôt, la vie est fragile. Donc, il faut vivre… Mon but de la vie, c’est de quitter ici avec mon cœur plein. C’est tout.

Alya Niang

C’est ça. Il faut profiter de la vie, profiter des êtres qui nous sont chers.

Djibril Kande

La famille.

Alya Niang

La famille. Et savoir qu’aujourd’hui, c’est une seconde chance.

Alors, merci beaucoup, Christine. Et merci beaucoup, Djibril, de nous avoir fait part de cette étape de votre vie. Très, très, très éprouvante, j’imagine, pour vous et vos familles. Et aujourd’hui, vous avez survécu à cette épreuve, et vous êtes là, avec nous, pour nous raconter cette histoire. Et je vous en suis très, très reconnaissante. Donc, merci beaucoup, encore une fois.

Christine Caron

Plaisir.

Djibril Kande

Merci.

Alya Niang

Nous avons maintenant le Dr François Lamontagne, qui se joint à nous depuis Sherbrooke.

Bonjour, Dr Lamontagne. Merci d’être là avec nous. Je vais d’abord vous demander de vous présenter.

François Lamontagne

Bonjour et merci de m’avoir invité. Je suis François Lamontagne, professeur titulaire à l’Université de Sherbrooke, à la Faculté de médecine et des sciences de la santé. Je suis clinicien-chercheur au centre de recherche du CHU à Sherbrooke. Et depuis environ une quinzaine d’années, je travaille comme clinicien-chercheur, un peu en recherche translationnelle, surtout en recherche clinique. Et une grande partie de mes travaux portent sur le sepsis et les [indiscernable] de réanimation qu’on offre aux patients en sepsis dans les unités de soins intensifs.

Alya Niang

Merci. Alors, Dr Lamontagne, parlez-nous un peu du sepsis, car nous savons qu’au Canada, cette maladie touche environ 50 000 personnes par an, si je ne me trompe pas, peut-être 40 000 à 50 000?

François Lamontagne

Oui et non, oui. Il faut d’abord probablement préciser que le sepsis, ça combine plusieurs éléments. Ça se définit par la présence d’une infection, réponse immunitaire à cette infection et les conséquences de ces deux éléments-là combinés sur la fonction des organes. Donc, c’est un syndrome relativement large et vaste. Et donc, ce qu’on peut affirmer avec certitude, pour revenir à votre question, c’est que c’est un problème qui est immense, qui est énorme au Canada puis à l’échelle planétaire, et que c’est un problème qui est sous-estimé, parce que les statistiques qu’on a à propos du sepsis, elles sont un peu incertaines, un peu imprécises.

Par exemple, vous avancez 40 000, 50 000 cas, c’est une statistique qu’on entend souvent. D’autres groupes de recherche avancent que les chiffres sont en fait beaucoup plus élevés, au Canada seulement, de l’ordre de 150 000 à 200 000 cas par année. C’est majeur.

Et cette incertitude-là, elle est attribuable au fait que la définition que je vous ai résumée rapidement, elle évolue. Et les outils dont on dispose pour suivre les statistiques concernant le sepsis, bien, ils sont un peu à la traîne et ils peinent à monitorer l’évolution du sepsis de façon très, très précise.

Alya Niang

Et étant un aussi gros problème, comment ça se fait que l’idée de faire du sepsis un problème de santé mondial ne soit apparue qu’en 2017? C’est assez récent, je trouve.

François Lamontagne

Oui. Alors, 2017, c’est très près, alors que le sepsis est un vieux, vieux problème. En fait, les médecins, dès l’Antiquité, décrivaient ce qui est en fait le sepsis avec d’autres mots. La définition moderne qui combine l’infection, la réponse immunitaire, puis ses conséquences, ça, ça date du début des années 90, mais elle est mise à jour assez souvent. Et ce qui est arrivé en 2017, c’est que des gens qui s’intéressaient, qui œuvraient dans le domaine du sepsis, ont sensibilisé l’Organisation mondiale de la santé à l’ampleur du problème.

Donc, le fait de mobiliser l’OMS à ce problème-là, bien, là, ça a fait qu’il est apparu sur le radar de la plupart des pays membres. Mais le problème est entre les dates qui précèdent 2017, mais c’est ça qui s’est passé en 2017, c’est la mobilisation de l’OMS. Et probablement que si on s’est mobilisés à l’échelle planétaire si tardivement, bien, c’est un peu en raison des problèmes que j’évoquais plus tôt, de notre capacité assez limitée à monitorer l’incidence du sepsis.

Donc, ces statistiques-là sont difficiles à suivre parce que nos outils ne sont pas tout à fait adaptés. Et puis, je pourrais donner des cas plus précis, des exemples précis, mais tous les cas de sepsis ne sont pas répertoriés comme tels et c’est un peu un problème.

Alya Niang

Je vois, merci.

Et qu’en est-il de la sensibilisation des Canadiens au sepsis? Parce que j’ai l’impression que les gens ne s’y connaissent pas vraiment.

François Lamontagne

Oui, bien, je pense que vous avez raison. Ça s’améliore, ceci dit. Alors, il y a un réseau au Canada qui s’appelle le « réseau sepsis » qui a beaucoup travaillé dans les dernières années à coups de sondages, à documenter un peu ce que le public comprend ou la sensibilisation grand public. On croit que le mot, le terme sepsis, il est utilisé de plus en plus souvent. Donc, il y a une certaine progression, mais par contre, la compréhension de ce que ça veut dire, c’est un terme qui demeure galvaudé et vous avez raison, même s’il y a un peu de progrès, il reste beaucoup, beaucoup de travail de sensibilisation et il faut travailler sur la compréhension des choses maintenant.

Alya Niang

En effet. Alors, Dr Lamontagne, j’ai entendu dire que même une coupure de papier pouvait provoquer un sepsis. Est-ce que c’est le cas?

François Lamontagne

En fait, toute infection peut mener à un sepsis. Alors, l’exemple que vous donnez d’une blessure qui est assez mineure; la blessure, c’est néanmoins, à l’occasion, une porte d’entrée pour une infection. Là, le temps reste là, c’est normal, mais n’importe quelle infection peut dégénérer et évoluer vers le sepsis.

Donc, vous mentionniez la compréhension limitée peut-être du public au Canada. Tout type d’infection peut mener à un sepsis. Les infections par des virus comme la grippe, la COVID, les infections bactériennes, comme celles qu’on contracte quand on se blesse, et les infections fongiques. Donc, tout type d’infection peut mener à un sepsis. C’est comme un grand, grand panier qui englobe vraiment plusieurs types de maladies. C’est un peu comme le terme cancer est un terme très générique qui englobe plusieurs maladies différentes, c’est un peu le cas pour le sepsis aussi. Mais oui, tout le monde est un peu à risque de développer un sepsis.

Alya Niang

Parfait. Et en termes très simples, que se passe-t-il exactement? Est-ce que l’infection passe par la circulation sanguine?

François Lamontagne

Bien, là on tombe dans des considérations plus compliquées. Alors, on ne retrouve pas toujours l’infection dans le sang. On peut trouver les traces de l’infection dans le sang. Donc, une bactérie peut circuler dans le sang et ça, c’est anormal. Et souvent, les patients qui ont des bactéries dans leur circulation sanguine, effectivement, ils ont assez souvent un sepsis associé à ça.

Mais on peut faire un sepsis quand l’infection, elle est circonscrite à un endroit précis et qu’elle ne circule pas dans le sang. Par exemple, je pourrais faire une pneumonie et le microbe pourrait être circonscrit à mes poumons. Et je pourrais néanmoins faire un sepsis et un choc septique, même si le microbe qui est dans mes poumons ne se retrouve pas aussi dans le sang.

Donc, oui, à l’occasion, les microbes, ils sont dans le sang, à l’occasion, ils sont ailleurs. Et ça, ça ne fait pas partie de la définition du sepsis. Le sepsis, c’est vraiment une infection, peu importe laquelle, peu importe où elle se trouve, la réponse immune à cette infection-là, puis les conséquences néfastes.

Alya Niang

Parfait. Dr Lamontagne, parlez-nous un peu des symptômes.

François Lamontagne

Alors, ils sont variés et c’est pour ça que les statistiques peuvent être compliquées à suivre. C’est que, comme je l’ai évoqué plus tôt, c’est un gros panier, le sepsis, et on mélange dans ce panier-là plein d’infections différentes ou plein de problèmes qui sont, à l’origine, assez différents. Et donc, les manifestations cliniques vont être, elles aussi, différentes.

Alors, quand le sepsis découle d’une infection des poumons, quand le sepsis découle d’une pneumonie, les symptômes sont souvent respiratoires. Évidemment, il va souvent avoir de la fièvre. Ça, c’est assez commun à toutes sortes d’infections. Mais si l’infection, elle est logée principalement dans les poumons, bien là, il peut y avoir de la toux, il peut y avoir des expectorations, donc les patients peuvent cracher, une détresse respiratoire. Quand les poumons sont atteints, évidemment, ça, ça va prédominer.

L’infection, elle peut se loger dans la cavité abdominale. Et dans ces cas-là, en plus de la fièvre, il peut y avoir des nausées, des vomissements, de la diarrhée, de fortes douleurs abdominales. Si… vous évoquiez les sepsis qui découleraient d’une coupure de papier, une plaie banale; quand la plaie se complique d’une infection qui progresse rapidement, à ce moment-là, encore là, de la fièvre, des courbatures, mais la rougeur, la douleur au site de la plaie initiale risque de progresser, de progresser très rapidement. Et ça, ça devient, à ce moment-là, des signes cardinaux d’une infection qui évolue vers le sepsis, donc reste sur la peau.

Et c’est les signes et les symptômes, donc la fièvre, la douleur, détresse respiratoire, en fonction des organes qui sont atteints. Mais on va mesurer, en faisant des tests, des marqueurs différents de conséquences néfastes du sepsis.

Alya Niang

Et comment diagnostiquer un sepsis lorsqu’on présente plusieurs symptômes, comme vous l’avez décrit tantôt?

François Lamontagne

Alors, c’est très vaste, et donc il y a plusieurs manières d’arriver à un diagnostic de sepsis, mais il faut qu’il y ait une infection, encore là, qui sera soit une infection confirmée, il faut qu’on trouve le microbe, ou que l’équipe médicale présume que, peu importe les résultats des tests, il y a un microbe. Bon, on n’est pas toujours capable d’isoler le microbe, mais quand on pense que c’est une infection qui est à la source de tous les problèmes, ça, c’est un premier critère. [indiscernable] il faut qu’on trouve, en faisant des tests, des signes des conséquences néfastes de cette infection-là qui, combinés à la réponse humaine, va avoir des impacts négatifs. Et ça, on enregistre ça souvent par le biais de tests sanguins. Alors, quand on s’aperçoit, par exemple, que la fonction des reins se détériore, on est capable de le mesurer dans le sang. Si la fonction des cellules sanguines, elle est altérée, qu’on mesure les plaquettes dans le sang, à ce moment-là, c’est un problème. Si la fonction du foie, elle est altérée, on l’enregistre dans le sang.

Donc, on a certains critères comme ça qui nous permettent de cartographier les conséquences néfastes de l’infection et de la réponse immunitaire anarchique. Et quand on a tout ça ensemble, ça fait un sepsis.

Alya Niang

Vous avez d’ailleurs touché à ma prochaine question.

Est-ce qu’il existe un test sanguin spécifique pour vraiment diagnostiquer le sepsis?

François Lamontagne

Alors, il y a des tests sanguins qui participent à la définition, mais il n’est pas spécifique. Parce que les tests sanguins qu’on utilise et qui servent de critères au sepsis, ce sont les mêmes tests sanguins qu’on utilise dans d’autres contextes. Alors, quand la fonction des reins, elle est affectée, elle est affectée dans un contexte de sepsis comme elle peut être affectée dans un autre contexte. Et donc, il incombe à l’équipe médicale de rassembler les différentes pièces du casse-tête et d’en faire un sepsis.

Mais vous êtes en train de mettre le doigt sur la raison précise pour laquelle c’est difficile de bien identifier chaque cas de sepsis. Parce qu’un médecin pourrait diagnostiquer une pneumonie à son patient avec des problèmes associés comme une insuffisance rénale et ne pas mettre ensemble, ne pas rassembler les morceaux du casse-tête et ne pas dire à personne dans le dossier qu’il s’agit d’un sepsis. Ce qui fait qu’après ça, dans les statistiques de l’Institut canadien d’information sur la santé, ce patient-là n’apparaîtra pas comme un patient qui a souffert d’un sepsis; il va apparaître comme une pneumonie avec une atteinte de la fonction rénale. Donc, les pièces du casse-tête, si elles ne sont pas bien rassemblées par les équipes traitantes, on peut manquer les cas de sepsis.

Alya Niang

Et est-ce que, par exemple, une personne peut arriver à l’hôpital et juste dire, vérifiez vraiment si je souffre d’un sepsis?

François Lamontagne

Bien, c’est super intéressant que vous posiez la question parce que ça fait partie des stratégies que certains pays ont choisi d’adopter.

Donc, le problème, c’est que si on ne reconnaît pas les cas de sepsis en tant que médecin, en tant qu’infirmière, les patients peuvent passer un peu entre les mailles du filet. Et non seulement c’est mauvais pour le suivi des statistiques, mais c’est surtout mauvais pour ce pauvre patient-là qui peut être pris en charge tardivement et ça peut être moins beau pour lui ou elle.

Alors, au Royaume-Uni en particulier, ils ont beaucoup investi dans la sensibilisation du grand public, un peu comme on l’a fait en Amérique du Nord pour les accidents vasculaires cérébraux. Alors, on apprend au public que la combinaison de fièvre et quand on se sent vraiment très mal, qu’on se sent prostré, bien, ça peut être un sepsis. Et donc, ils ont investi auprès du public pour que le public se présente outillé avec de l’information qui pourrait faire allumer les infirmières et les médecins ou qui pourrait les mettre sur la piste du sepsis.

Donc, ça, c’est une stratégie de santé publique qui est valable et qui est utilisée beaucoup dans certains pays et un peu au Canada sous l’égide du réseau dont je vous parlais, le réseau de sepsis du Canada.

Alya Niang

Parfait. Et, Dr Lamontagne, juste pour une clarification, quelle est la différence entre le sepsis et le choc septique?

François Lamontagne

Le choc septique, c’est une forme plus grave de sepsis. Alors, il y a des critères additionnels. Quand je vous parlais des conséquences néfastes du sepsis, qu’il est question de choc septique, c’est parce qu’une de ces conséquences-là, c’est la baisse des chiffres de pression artérielle.

Donc, quand les patients qui prennent leur pression à la maison, en général, c’est parce qu’ils souffrent de haute pression, mais si en présence d’infection, de fièvre, de malaises comme ça, la pression, elle baisse, devient anormalement basse… en général, on va parler d’autres critères, mais c’est beaucoup la baisse de la pression artérielle qui définit le choc septique. Et à ce moment-là, ces patients-là ont généralement besoin d’un traitement spécial qu’on dit de vasopresseur qu’on administre sur les unités de réanimation.

Donc, c’est une forme… Dans les deux cas, dans tous les cas, les patients peuvent être très malades et décéder, mais le choc septique, c’est la forme la plus grave de sepsis.

Alya Niang

Je vois. Merci. Et parlez-moi donc un peu de ce qui est fait ici pour améliorer les chances de survie, car beaucoup de patients perdent la vie.

François Lamontagne

Il reste beaucoup de travail de sensibilisation à faire. Je ne peux pas vous dire qu’il y a un plan d’action national si clair. Les priorités pour…

Alya Niang

Pour améliorer les chances de survie, c’est ça?

François Lamontagne

C’est ça. En fait, vous allez poser la même question à différentes personnes et vous allez obtenir des différences.

Alors, vous avez, par exemple, au Royaume-Uni, ils ont beaucoup investi dans la sensibilisation du grand public. C’est une stratégie qui est valable. Étant donné que le sepsis est un panier qui est si gros qui englobe plein de sous-catégories, il y a des endroits où on a priorisé la recherche sur les traitements spécifiques pour les différents sous-types de sepsis. Donc, comme il y a plein d’infections différentes là-dedans, plein de types de patients assez différents, il y a des gens qui travaillent surtout sur la recherche de traitements plus personnalisés qui seraient efficaces dans certains cas de sepsis, mais pas dans d’autres. Alors ça, c’est une approche très thérapeutique, c’est valable.

Je vous dirais que mon opinion personnelle, et ça va peut-être… Ça concerne les organisations comme l’Institut canadien d’information sur la santé. Je pense que la pierre d’assise de toute intervention, de toute stratégie, il faut d’abord régler le problème évoqué au début de suivi des statistiques de sepsis. Il faut d’abord être capable de bien mesurer, de bien répertorier chaque cas de sepsis, d’en prendre acte. Parce que, alors pour plusieurs raisons, dans un premier temps, on arrive à mieux décrire l’ampleur du problème, mais la sensibilisation du grand public, elle en découle presque de façon automatique parce que c’est sûr qu’on sous-estime le problème. Donc, il y a un aspect de sensibilisation qui est intrinsèque à tout ça.

Deuxièmement, c’est parce qu’en ayant des données exhaustives sur tous les cas de sepsis à l’échelle du pays, on est capable de mieux distinguer les différents sous-types qui peuvent exiger des traitements différents, mais aussi les différentes trajectoires. Alors, je vous donne un exemple très, très précis : les enfants qui contractent des infections virales à chaque année pendant les vagues saisonnières, ça, c’est souvent des cas de sepsis. Et la trajectoire pour ces enfants-là en très bas âge, elle est très, très, très différente de la trajectoire des patients plus âgés, qui sont immunosupprimés parce qu’ils ont reçu de la chimiothérapie pour un cancer et qui développent un sepsis à l’hôpital après une chirurgie. Ça, c’est un cas de sepsis qui est nosocomial, c’est-à-dire que les traitements qu’on a offerts à ces patients-là sont à l’origine d’un problème de sepsis.

Dans les deux cas, on peut intervenir pour prévenir, mais les stratégies vont être très, très, très différentes.

La pierre d’assise, selon moi, pour vraiment mettre la hache dans le sepsis, c’est de tout documenter et ça, on peut le faire, évidemment, faut outiller des organisations comme l’Institut canadien pour le faire, mais avec l’accès à ces données-là, ça peut se régler rapidement et mieux distinguer les différentes grappes de sepsis, les différentes trajectoires pour être capable de cerner, ou agir, pour prévenir les cas. Parce qu’on peut les soigner, ça va… Il faut les soigner, il faut les soigner mieux, mais quand on est en thérapie, en traitement, on est toujours en retard. On est toujours… D’abord, ça va coûter extrêmement cher, ça ne fonctionnera pas tout le temps, ça va laisser des séquelles.

Si on est capable de prévenir, ça va être beaucoup plus efficace et rentable et les patients s’en trouvent bien mieux parce que là, il n’y a pas de séquelles à un problème qu’on a évité. Mais pour bien prévenir, il faut être capable de bien discerner les différentes sous-catégories, les différentes trajectoires et ça, ça serait selon moi la priorité qui ferait l’affaire d’un peu tout le monde. Tous les acteurs peuvent tirer profit d’une stratégie, je pense, qui cible la prévention.

Alya Niang

Parfait. Et Dr Lamontagne, qu’en est-il du sepsis qui commence à la maison, et que peuvent faire les personnes qui écoutent et que peuvent faire les médecins de famille? Puisque je pense que c’est là où se trouvent la plupart des cas de sepsis?

François Lamontagne

[indiscernable] catégorique, il y a énormément de cas de sepsis qui sont nosocomiaux. Les cas nosocomiaux, c’est les infections qu’on contracte à l’hôpital après une chirurgie, après une chimiothérapie, après avoir pris des médicaments immunosuppresseurs.

Alors, il y en a beaucoup, beaucoup, et donc les stratégies, donc on peut vraiment travailler sur la transmission d’infections à l’hôpital. Ça, c’est crucial et c’est crucial pour tout le monde parce que c’est… évidemment, c’est catastrophique pour les patients, pour les familles. C’est catastrophique pour le système hospitalier qui finit par traiter ses propres complications, mais on peut agir là-dessus. On est capable d’identifier où, dans la trajectoire du réseau de santé, les patients attrapent un sepsis.

Mais vous avez raison qu’il y a une grosse partie des cas de sepsis qui apparaissent un peu comme dans un ciel clair alors que les gens sont à la maison et qu’ils ne présentent pas nécessairement un facteur de risque. Alors, que le public soit plus sensibilisé que la première ligne. On parle des médecins, médecins de famille, on parle des infirmières praticiennes, on parle des pharmaciens. On entre dans un système de santé par différentes portes et il faut qu’à chacune de ces portes-là, le réseau soit bien sensibilisé.

Alors, tant mieux si le patient ou la patiente elle-même reconnaît des signes et se présente en disant « je crains que ça puisse être ça, occupez-vous d’un sepsis potentiel ». Puis, ce n’est pas le cas, il faut que la première porte à laquelle cette personne-là va cogner, que ce soit la pharmacie, la clinique d’infirmières praticiennes, le bureau de médecin de famille, il faut que là, les gens soient sensibilisés parce que la reconnaissance précoce est un peu la première très bonne stratégie à mettre en œuvre pour améliorer les chances de ces patients-là.

Alya Niang

Parfait. Ma dernière question est la suivante. Quelle est la prochaine étape et qu’envisagez-vous pour vraiment appuyer sur le bouton de sécurité du sepsis?

François Lamontagne

Oui, il y a moi personnellement puis après ça, il n’y a pas nécessairement un consensus puis vous allez poser cette question-là à différentes personnes. Tout ce qu’on a dit est valable. On n’a même pas évoqué que, dans bien des cas, l’infection découle de conditions de vie insalubres. Alors, il y a des endroits au Canada où on n’a pas d’eau courante. Vous comprenez que là, on est à risque de contracter des infections en consommant de l’eau contaminée. Alors, dans ces cas-là, il y a des stratégies, évidemment, à mettre en œuvre qui sont très différentes des stratégies à mettre en œuvre pour les cas de sepsis à l’hôpital. Mais tout ça est valable.

L’idée, si vous me demandez c’est quoi la prochaine étape, c’est quoi le bouton sur lequel appuyer à ce stade-ci, bien, c’est qu’il n’y en a pas un, puis selon le type de sepsis dont on parle, bien, la stratégie pourrait être différente et c’est pour ça qu’à mon avis, et là, c’est mon humble avis personnel, je pense que la première étape urgente qu’on aurait dû faire hier, c’est de régler la question du monitoring et du suivi des statistiques épidémiologiques.

Parce que ça, les données, elles existent, et c’est pour de mauvaises raisons qu’elles sont difficiles d’accès et difficiles à traiter, mais en donnant les ressources à des organismes compétents, on est capable tout de suite de mieux comprendre l’ampleur du problème, les différentes sortes de sepsis et de développer les stratégies appropriées pour agir — alors, on n’agira pas de la même manière sur le sepsis causé par les infections virales à 5 ans qu’on mettra en Å“uvre pour régler les problèmes de qualité de l’air ou de One ºìÁì½í¹Ï±¨, l’air de qualité, l’eau potable de qualité dans les endroits où les populations sont dans des situations de vulnérabilité extrêmes. Puis, on n’agira pas de la même manière à l’hôpital pour réduire le risque de sepsis nosocomial.

Mais la première étape, c’est de faire la cartographie de tous ces cas-là, de bien les distinguer pour mettre en œuvre les bonnes stratégies aux bons endroits. Malheureusement, il n’y aura pas un bouton unique ou une stratégie unique applicable partout.

Alya Niang

Merci beaucoup, Dr Lamontagne, d’avoir élucidé les questions relatives au sepsis, un sujet aussi sensible et important et dont j’aurais vraiment souhaité en savoir autant il y a un an, puisque ma mère est malheureusement décédée de cette maladie. Et j’en ai appris davantage et je suis sûre que c’est le cas également pour nos auditeurs.

François Lamontagne

Bon, je vous offre mes condoléances. Je suis désolé d’entendre ça. Mais merci de m’avoir invité et de m’avoir donné l’occasion de participer à cette discussion-là.

Alya Niang

Merci beaucoup. C’est très apprécié et tout le plaisir est pour moi.

Saviez-vous que vous pouvez connaître le taux de sepsis de votre hôpital local en consultant le site Web de l’ICIS? C’est le I-C-I-S point C-A. Vous pouvez également consulter le site Web de Sepsis Canada pour plus d’informations. Merci d’avoir pris le temps de nous écouter.

Notre producteur exécutif est Kevin O’Keefe et un grand merci à Heather Balmain, notre assistante de production et Avis Favaro, l’animatrice du balado de l’ICIS en anglais. Abonnez-vous au Balado d’information sur la santé et écoutez-le sur la plateforme de votre choix.

Ici Alya Niang, à la prochaine.

Comment citer ce contenu :

Institut canadien d’information sur la santé. « Ensemble, nous pouvons changer le monde » : survivre à la septicémie. Consulté le 4 avril 2025.