Le long adieu : la démence après le diagnostic — Isabelle Roberge
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26 min | Publié le 10 décembre 2024
« Vous souffrez de démence » : voilà une phrase que personne ne souhaite entendre. Pour les trois quarts de million de Canadiens qui vivent avec la maladie et les 1,7 million qui en seront probablement victimes, il s’agit d’une dure réalité à affronter. Mais que se passe-t-il une fois que le diagnostic a été établi — pour les patients, les familles et les aidants naturels? L’animatrice Alya Niang en discute avec
- Isabelle Roberge, une aidante naturelle qui, avec sa sœur, a aidé leur mère à s’occuper de leur père, qui a souffert de démence pendant 9 ans.
Cet épisode est disponible en français seulement.
Transcription
Alya Niang
Trois quarts de million, c’est le nombre de Canadiens qui vivent avec la maladie d’Alzheimer et d’autres formes de démence. Et 1,7 million, c’est le nombre de Canadiens qui devraient développer ces maladies du cerveau au cours des 25 prochaines années. Des chiffres qui sont effrayants, surtout lorsqu’il s’agit de pathologies pour lesquelles il n’existe pas de véritable traitement et certainement pas de remède.
Dans l’épisode d’aujourd’hui, les résultats d’une analyse unique en son genre qui a suivi la trajectoire de Canadiens au cours des cinq années suivant leur diagnostic de démence afin de déterminer les services les plus utilisés et les plus nécessaires. Il en ressort que plus de la moitié des personnes atteintes de démence ont besoin de soins à domicile et que près de la moitié des aidants non rémunérés souffrent d’un niveau de stress élevé.
Isabelle Roberge
« C’est vraiment lourd pour les proches aidants, malgré qu’on a de l’aide. C’est un concept qu’on appelle le “shadowing”. Ils font du “shadowing” auprès de leur personne, de leur première personne. »
Alya Niang
Vous entendez parler de la trajectoire d’Isabelle Roberge, qui, avec sa sœur, ont aidé leur mère à s’occuper de leur père pendant 9 ans. Le rapport s’intitule « Vers une meilleure compréhension de la trajectoire de soins de santé des personnes atteintes de démence ».
Bonjour et bienvenue au Balado d’information sur la santé au Canada, la plateforme qui vous fournit de véritables expériences sur des sujets de santé qui comptent pour nous tous. Ici Alya Niang, l’animatrice de cette conversation.
Rappelez-vous que les opinions et les commentaires de nos invités ne reflètent pas nécessairement ceux de l’ICIS, mais il s’agit d’un échange libre et ouvert, et celui-ci porte sur le parcours du diagnostic de la démence à travers le système de soins de santé.
Isabelle Roberge
« Donc, on a pu avoir une travailleuse sociale qui venait, disons, au mois, à la maison, voir ma mère et mon père, faire le point, faire des évaluations de mon père, de comment la maladie évoluait. »
Alya Niang
Ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, et comment améliorer les services pour les milliers de Canadiens qui en auront besoin.
Bonjour, Isabelle, et bienvenue au balado.
Isabelle Roberge
Bonjour, Alya. Merci.
Alya Niang
Alors, Isabelle, quand est-ce qu’avez-vous appris que votre père était atteint de la maladie d’Alzheimer?
Isabelle Roberge
Oui, on a appris la nouvelle il y a maintenant bientôt 9 ans. Alors, mon père avait 75 ans à ce moment-là, et donc, c’est ma mère qui a appris la nouvelle avec le médecin, et elle nous a convoqués là pour nous en parler, moi et ma sœur, par la suite.
Alya Niang
Et quelle a été votre réaction quand vous avez réalisé qu’il s’agissait d’une démence?
Isabelle Roberge
Bien, à ce moment-là, honnêtement, tu sais, tu vis au jour le jour, on se doutait évidemment qu’il y avait quelque chose qui se passait, on savait qu’il allait faire le test. La surprise n’a pas été grande, je dirais, mais t’es pas préparé, à ce moment-là non plus, à comment les années vont se défiler. Alors, justement, je pense que, pas qu’on minimisait du tout, mais on ne comprenait pas si on veut, ce qu’on allait avoir.
Alya Niang
Isabelle, si nous faisons cela, c’est en partie parce que le rapport parle de la trajectoire de la démence, car une fois qu’on ouvre la porte à la démence, on s’engage sur une voie.
Isabelle Roberge
Absolument.
Alya Niang
Et ça, c’est qu’on le veuille ou pas. Et je pense donc que l’objectif du rapport de l’ICIS est d’aider les gens à comprendre qu’il y a une trajectoire et une route, que nous ne donnons peut-être pas aux gens le soutien dont ils ont besoin pour faire ce voyage. Et j’aimerais savoir, qu’avez-vous dû faire pour votre père.
Isabelle Roberge
Je suis entièrement d’accord que la route, elle n’est pas nécessairement bien expliquée. On ne la comprend pas directement quand on a le diagnostic, que ça se fait au fil des années. Mais en même temps, Alya, je dirais que de notre côté, nous sommes en région. Moi, j’habite à Montréal, mais mon père et ma mère habitent en région, ils habitent en Estrie. Et dans le coin du Québec où nous sommes, on a eu beaucoup d’aide pour cette trajectoire-là. L’aide est venue de plusieurs endroits. Elle est venue via les médecins, donc il y a le réseau médical, donc public.
Donc, il y a neuf ans, nous avons appris cette nouvelle, ce diagnostic pour mon père via les médecins qui lui avaient fait des tests pour déterminer son niveau cognitif. Ma mère nous a appris la nouvelle parce que c’est elle qui était avec le médecin. Et comme je disais, le choc est là, mais en même temps, ça semble tellement dans longtemps à ce moment-là, on sait que le déclin va se faire, on espère, de façon longue. Donc, ma sœur et moi, nous ne nous étions pas alarmés. On voulait bien soutenir ma mère et mon père dans tout ça, mais il y avait, à ce moment-là, il y a eu d’aide, ma mère, on a eu d’aide avec la Société d’Alzheimer, entre autres, qui est vraiment une belle organisation, que tu peux y aller comme proche aidant ou comme participant.
Donc, mon père est allé pendant plusieurs années comme participant, il s’est déplacé à Cowansville, les autres, ils sont du Lac-Brome, il s’est déplacé à Cowansville. Et ma mère, elle avait une journée de répit par semaine. Donc, à tous les lundis, il était dans le centre et ma mère avait le temps d’avoir son répit. Donc, je vous dirais que ça, ça a été une première étape. Puis avec la Société, eux autres, ils nous aident quand même, à savoir comment naviguer à travers tout ça pour ne pas se perdre comme proche aidant.
Alya Niang
Votre charge en tant que proche aidant pour votre père, qu’est-ce que vous avez eu à faire pour lui?
Isabelle Roberge
Mon père a été à la maison pendant huit ans avec le diagnostic. Donc, on avait, comme je dis, la journée de répit à la Société d’Alzheimer. Ensuite de ça, ma mère, elle avait de l’aide qu’on payait, qu’on payait en privé pour sortir et puis pour avoir du temps pour elle. Puis c’est sûr que, tu sais, mes parents sont mariés depuis 60 ans. Donc, c’est sûr que mon père se fie beaucoup à ma mère. Fait que même quand il y avait quelqu’un à la maison, de l’aide pour lui, il n’était pas tellement intéressé à l’aide. Il était intéressé simplement à ma mère. Alors, à savoir où elle était et tout.
C’est vraiment lourd pour les proches aidants, malgré qu’on a de l’aide. C’est un concept qu’on appelle le shadowing. Ils font du shadowing auprès de leur personne, de leur première personne. La première personne de mon père, c’était ma mère, 60 ans de mariage. Ils ont habité ensemble pendant huit ans avec le diagnostic. Elle, elle en a eu beaucoup sur les épaules. Ceci étant dit, c’est important de mentionner que pendant tout ce temps-là, mon père, quand lui a eu son diagnostic, lui l’a accepté. Il y a beaucoup de gens qui n’acceptent pas la maladie. Et en n’acceptant pas la maladie, ça rend ça difficile pour tout le monde, pour le proche aidant et pour les enfants, etc. Nous, on a eu cette chance d’avoir un père qui disait souvent « tu sais, j’ai plus la mémoire que j’ai. » Il acceptait sa condition. Je vous dirais qu’on a eu huit belles années avec lui à la maison.
Ça s’en venait de plus en plus lourd, c’est certain, étant donné physiquement, ça devenait plus lourd. Parce qu’à un moment donné, il vient des problèmes pour aller aux toilettes. Il vient d’avoir des problèmes même à circuler dans la maison, malgré qu’il y ait une maison sur un étage. Et des tapis, etc., donc s’enfarger dans tout. Ça fait que ça, à un moment donné, ça devient trop lourd.
Moi et ma sœur, on habite à Montréal. Alors, ma sœur et moi, nous étions présentes les fins de semaine pour aller voir les parents et les aider. Mais la semaine, toute la charge allait à ma mère. Ça, c’est une réalité de bien des gens malades. Déjà là, si on veut, mes parents étaient chanceux qu’on venait toutes les fins de semaine. Ce n’est pas la réalité de tout le monde. Le Québec, c’est grand. Puis parfois, on n’est pas avec nos familles pour les aider.
Alya Niang
En effet. Et j’imagine que le fait que votre père acceptait la maladie, ça a apporté une certaine facilité. Et j’imagine également le fait qu’il se rabattait plus sur votre mère, il avait plus confiance en elle, comme vous disiez tantôt, étant donné que ça faisait 60 ans qu’ils sont mariés. Et donc, j’imagine que vous voyiez une certaine, je ne dirais pas un fardeau, mais quand même cette lourde tâche pour votre mère. Et également, pas que vous la perdiez, mais vous sentez cette lourde tâche qu’elle avait sur ses épaules. Et vous sentiez le devoir d’être là pour elle et de la seconder, de l’aider par rapport à la maladie de votre père.
Isabelle Roberge
Absolument. Et ensuite, est venu le temps, cet été, qu’on réalisait qu’où ça s’en venait, c’est qu’on allait perdre ma mère. Si on n’allait pas perdre mon père, elle, elle allait partir en premier. Puis on sait que ça arrive, ça. Elle a été fragilisée, elle, il y a deux ans, en se cassant la jambe. Puis c’est sûr qu’à cet âge-là, elle a 82 ans maintenant, on en perd, hein. Alors, ça fait que cet été, est venue la décision ensemble, ma mère, ma sœur et moi, de passer à l’étape que ma mère ne pouvait plus garder mon père à la maison. C’était physiquement et mentalement beaucoup trop lourd comme ça.
Alya Niang
Combien de temps avez-vous passé à vous occuper de votre père, si on devait donner un nombre d’heures, mettons, par semaine?
Isabelle Roberge
Moi, et ma sœur, c’est difficile à quantifier parce qu’on se séparait la tâche. Tu sais, il y a une phrase en anglais qui dit « divide and conquer ». Je pense que c’est tant pour conquérir la maladie, puis pour s’aider, s’entraider, il faut se diviser. Alors, ma sœur faisait quelques heures, moi, je faisais quelques heures, ma mère faisait la majorité, justement, des tâches. C’était quelques heures par fin de semaine, mais la distance a fait ça, vous comprenez Montréal et l’Estrie. Mais les téléphones à tous les jours, etc., la présence, elle n’est pas seulement quantifiable en heures. Puis je ne pense pas que personne ne doit se sentir coupable quand ils vivent un diagnostic comme ça les prochains aidants. Ce n’est pas une question d’heures quantifiées, c’est la qualité. C’est d’être là, puis d’être là surtout pour le prochain aidant.
Alya Niang
En effet. Et avez-vous reçu de l’aide du gouvernement?
Isabelle Roberge
Oui. Donc, un moment donné, quand la maladie avançait, c’est via le gériatre, on a fait appel à notre CLSC local, et notre CLSC local a vraiment bien réagi, puis ils sont habitués avec ça, ils ne sont pas engorgés, j’imagine, dans notre secteur, donc on a pu avoir une travailleuse sociale qui venait, disons, au mois, à la maison, voir ma mère et mon père, faire le point, faire des évaluations de mon père, de comment la maladie évoluait. Puis, ils étaient super et on était, disons, ils incluaient moi et ma sœur dans le processus, ce qui est important parce que ma mère aurait pu vouloir nous cacher des choses.
Alya Niang
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Isabelle Roberge
Alors, on avait un bon rapport, les trois ensemble pour aller de l’avant.
Alya Niang
En effet. Et comment s’est passée la transition, mettons, de la maison en milieu public, je dirais?
Isabelle Roberge
Oui, c’est ça. Donc, cette transition-là qui s’est faite pour nous en juin, s’est faite quand même difficilement. C’est sûr que c’est un déchirement, c’est un peu séparer tes parents là, tes parents qui sont mariés, ça fait 60 ans. Parce que ma mère, autant où elle le voulait, autant elle trouvait ça difficile comme étape. Alors, mais on a décidé de passer à travers le privé en premier. Donc, on pouvait mettre nos noms sur des CHSLD et être sur la liste d’attente. Mais nous n’étions, à ce moment-là, pas une grande priorité parce que c’est très congestionné dans les CHSLD. Et ça va en ordre de priorité de cas. Et on n’était pas encore assez, si on veut, dans la liste des priorités. Et alors, on a décidé de passer, on avait planifié financièrement toutes ces années-là, donc, on avait les moyens pour aller en résidence privée. C’est ce qu’on a fait.
Alya Niang
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Isabelle Roberge
Ça, ça s’est avéré une autre étape difficile. Parce qu’on avait trouvé une place qu’on pensait très bien et tout. Mais on est souvent mal informé dans les résidences privées. On se fait mal informer. On nous a dit qu’il y avait une aile, évidemment, pour les patients atteints de démence. Mon père allait être dans cette aile-là avec 15 autres pensionnaires. Et c’est ça. Donc, on ne nous avait pas avisés assez, si on veut, directement, que s’il y avait des problèmes de comportement ou s’il y avait des problèmes physiques, par exemple, d’incontinence, il ne pouvait pas rester. Alors, ça a été un peu un choc parce que son étape en résidence privée, son déménagement a duré une semaine. Il restait là seulement une semaine.
Alya Niang
OK.
Isabelle Roberge
Après une semaine, ils l’ont mis à la porte. Ils ont jugé que son comportement était trop agressif.
Alya Niang
OK.
Isabelle Roberge
Et puis, donc là, du jour au lendemain, il a fallu quitter. Et puis, ça, ça a été un gros, gros, gros choc.
Alya Niang
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Isabelle Roberge
Un gros choc pour nous, un gros choc pour ma mère. Donc, ce qu’ils ont fait, c’est que c’est arrivé le soir qu’il y a eu un comportement déplacé.
Alya Niang
Oui.
Isabelle Roberge
Et puis, ils ont appelé ma mère le soir même pour l’aviser. Puis, ils ont dit, venez nous voir demain. Ils ont appelé la travailleuse sociale pour qu’elle soit présente également pendant cette rencontre. Et à cette rencontre, ils ont dit à ma mère, il doit partir. Alors, ma mère, elle a dit, bien, quand? Ils ont dit, bien, aujourd’hui. Puis, elle a dit, où? Puis là, ils ont dit, bien, vous avez deux choix. Soit qu’ils retournent chez vous à la maison ou qu’il va à l’hôpital. Alors, tu as 82 ans, tu te fais donner cette option-là. C’est vraiment pas une bonne option.
Alors, parce qu’à ce moment-là, on a toujours peur des hôpitaux. On sait que les gens restent pris aux urgences, dans les couloirs, etc. Disons qu’avec sa condition très avancée, c’était pas idéal. Ou bien, c’était de l’envoyer à la maison. Alors, c’est ce qu’elle a fait. Il est revenu à la maison. Là, la travailleuse sociale, elle était là. Elle a donné droit à ma mère à beaucoup, beaucoup d’heures. Une présence pratiquement 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Alya Niang
Donc, vous avez reçu beaucoup d’aide au retour de la maison. OK.
Isabelle Roberge
Oui. Mais là, il y a eu un autre épisode parce que, bon, on sait pas comment les gens vont réagir quand ils sont déracinés comme ça. Mon père était complètement déraciné de son milieu. Comme j’ai dit, il était très attaché à ma mère, trop attaché à ma mère.
Alya Niang
Oui.
Isabelle Roberge
Et puis, il a réagi fortement à cette séparation-là. Puis, en ayant un comportement, disons, un peu déplacé, un peu agressif. Et puis, mais c’est très fréquent dans la maladie. C’est très fréquent. Pour des gens qui n’ont pas été agressifs auparavant.
Alya Niang
Et combien de temps est-il resté à la maison?
Isabelle Roberge
Une autre semaine à la maison, jusqu’à ce qu’il y ait un événement. Et là, la dame, disons, qui avait été engagée par le CLSC, nous a téléphoné à moi et ma sœur pour nous avertir qu’il y avait eu un comportement déplacé. Et là, ma sœur et moi, on a bien compris. Ma mère n’était pas présente à ce moment-là.
Alya Niang
Oui.
Isabelle Roberge
Ma sœur et moi, on avait bien compris comment le système fonctionnait à ce point-là. Et que pour rentrer dans le système de CHSLD, dans le système public, en priorité, il fallait que ça passe par l’hôpital.
Alya Niang
OK.
Isabelle Roberge
Donc là, on a appelé l’ambulance, police, qui sont venus, pour mon père, pour l’amener à l’hôpital. Il a passé trois semaines à l’hôpital, en attendant qu’il y ait une place qui se libère en CHSLD, près de chez nous, dans la région.
Alya Niang
Isabelle, est-ce que durant les années de sa maladie, mis à part ce moment dont vous venez d’expliquer qu’il a dû être hospitalisé pendant trois semaines, est-ce qu’il a eu à rester à l’hôpital au courant de ces années?
Isabelle Roberge
Non, avant, il n’avait pas été hospitalisé. Là, après ces trois semaines-là, il y a un endroit qui s’est libéré à Cowansville, dans un CHSLD. Et il a été déménagé là. Et par la suite, c’est une grosse transition, c’est sûr. Mais on y allait beaucoup. Ma mère y allait à tous les jours. C’était à peu près 20 minutes de route pour elle, aller, et 20 minutes retour. Elle y allait à tous les jours. Mais c’est ça. Mais donc, à la suite, il a dû encore… Ils ont encore décidé qu’ils le transféraient dans un autre CHSLD qu’ils nous ont dit qui était plus approprié pour lui, pour son cas. Alors là, il a été déménagé maintenant à Granby, il y a un mois de ça. C’est 40 minutes de route pour ma mère, pour aller, 40 minutes retour. Et puis, elle se sent le besoin d’y aller vraiment souvent. Ça, c’est quelque chose qu’on sait. C’est partagé, les avis des experts, à quel point est-ce que c’est bon d’y aller souvent ou non. Ça, je trouve que là-dessus, on n’est pas trop guidé sur les bonnes pratiques. J’aurais préféré ça, qu’on nous donne c’est quoi les meilleures pratiques, parce qu’on a de la difficulté un peu à convaincre notre mère de ne pas y aller trop souvent et de ne pas s’épuiser. Elle a dit qu’elle se sent bien d’y aller. Mais en même temps, on sait qu’elle se fatigue beaucoup parce qu’elle est âgée, elle a beaucoup de route à faire.
Alya Niang
C’est clair.
Isabelle Roberge
Cet hiver, avec la neige, on ne sait pas comment on va faire.
Alya Niang
C’est clair. Et Isabelle, l’un des éléments du rapport de l’ICIS est le pourcentage d’aidants naturels qui éprouvent de la détresse en vivant avec une personne atteinte de démence. Et ce pourcentage est très élevé.
Isabelle Roberge
Oui.
Alya Niang
Donc, 46 %, soit près de la moitié. C’est quand même beaucoup, je trouve. Et moi, je vous demanderais, quelle est la révision nécessaire à faire? Et si vous pouviez réparer les systèmes pour les familles qui vous suivent avec un diagnostic de démence, que feriez-vous?
Isabelle Roberge
Je ne suis pas surprise, et même de votre chiffre du rapport de 46 %. Moi, je dirais même que ça doit être plus que ça, la vérité.
Alya Niang
C’est possible.
Isabelle Roberge
On la voit avec notre mère, qui se manifeste par… C’est sûr que c’est des journées, des bonnes et des moins bonnes journées. Et elle vit beaucoup les soubresauts de mon père. Si mon père a une mauvaise journée, elle, elle a une mauvaise journée également par le fait même. Donc, il y a des journées où je dirais que c’est déprimé et tout. Puis, c’est pas facile à vivre. Comment améliorer ça, c’est... Je n’ai pas la solution. Je pense que personne ne semble avoir la solution pour l’instant parce qu’il manque toujours des ressources. Tout est une question de ressources et de communication. Je pense qu’ils font vraiment leur mieux en CHSLD.
On a quand même des très bonnes expériences avec les gens qui y travaillent. Mais c’est sûr que par moments, on se sent seuls aussi. Comme je disais là, j’aurais aimé ça qu’on nous guide à savoir c’est quoi les bonnes pratiques, combien, il faut y aller à quelle fréquence, puis d’avoir vraiment quelqu’un qui aide ma mère à renforcer ça. Disons que s’ils disent que c’est pas plus qu’aux trois jours d’aller voir votre mari, et pas plus qu’une heure par jour, exemple, j’aurais aimé ça qu’il y ait quelqu’un qui fasse un certain suivi, qu’elle l’écoute pour pas qu’elle tombe en détresse, justement. Ça, ça se fait pas. Nous, on est chanceux, on va chercher de l’aide au privé.
Ma mère voit un psychologue, qu’elle paye, personnellement là, alors pour aller chercher cette aide-là. Mais la personne, le psychologue, n’est pas spécialisée non plus dans cette maladie ou elle n’est pas spécialisée en deuil. Ça aussi, c’est une autre ressource, comme vous savez, qui est difficile, avoir des psychologues. Alors, même quand on les paye, alors, c’est sûr que quand on les paye pas, si c’est à travers le système public également, bien, ça va être très peu fréquent comme visite, et puis très peu d’aide, là, aussi. Mais il faut vraiment, ça prend un village, il faut vraiment être bien entouré, je pense que…
Alya Niang
C’est clair.
Isabelle Roberge
Je pense aux gens qui n’ont pas d’enfant, comme moi, mes parents ont ma sœur et moi, on est très présentes. On y va chacune deux fois par semaine, donc là, ça fait techniquement quatre jours, il faudrait trois jours à ma mère à se déplacer si elle veut une présence journalière. Mais alors là, on est encore à regarder, à peut-être avoir de l’aide qu’on payerait, pour faire une compagnie pour mon père en CHSLD.
Alya Niang
OK, je comprends.
Isabelle Roberge
Peut-être qu’il y a un peu de culpabilité, c’est sûr qu’il y a une partie de ça, mais il faut penser qu’il y a quelqu’un qui est là juste pour lui. Parce qu’ils sont très, comme je dis, sans ne vouloir rien enlever aux personnes qui travaillent là, qui sont absolument magnifiques, qui se donnent corps et âme, ils ont beaucoup de patients. Ils ont une quinzaine, ils sont deux ou trois pour une quinzaine de patients. Mais c’est beaucoup, parce que ces gens-là ne sont aucunement autonomes. Aucunement.
Alya Niang
Et alors, si je comprends bien, comme vous l’aviez dit tantôt, vous êtes quand même chanceux par rapport à d’autres personnes qui n’ont pas pu avoir autant d’aide du gouvernement et qu’également, votre trajectoire n’a pas été aussi difficile.
Isabelle Roberge
Absolument. Puis comme je dis, je répète que lui, il nous a rendu ça facile pendant ses huit premières années diagnostiques en acceptant ça.
Alya Niang
En effet.
Isabelle Roberge
Alors, oui, on se considère, malgré tout, des gens très chanceux dans ça. Ma mère se considère chanceuse; elle a aussi deux filles très présentes qui viennent à toutes les fins de semaine et qui vont voir, on va voir chacune deux fois mon père. Fait que, oui, on fait partie des chanceux, mais il a fallu s’organiser. On va chercher des ressources. On a un budget pour s’occuper de mon père, pour ces ressources-là. Alors, oui, on fait partie des chanceux.
Alya Niang
C’est parfait.
Isabelle Roberge
Absolument.
Alya Niang
Alors, merci beaucoup, Isabelle, de nous avoir partagé votre trajectoire de la maladie d’Alzheimer de votre père. C’est très, très apprécié. Merci beaucoup.
Isabelle Roberge
Merci. Puis j’aimerais rajouter que s’il y a des gens qui nous écoutent, qui ont eu récemment ce diagnostic, il faut aller demander de l’aide, il faut s’organiser rapidement au niveau financier, les budgets, etc. Mais il faut s’organiser, puis il y a moyen d’y arriver. Il y a la Société d’Alzheimer qui est une ressource extraordinaire et il y a un Info-Proche aidant aussi qui est une ressource. Alors, il faut en parler. Il faut parler à son médecin, il faut parler ensuite au CLSC pour avoir toute l’aide qu’on peut avoir parce que la route ne sera pas facile.
Alya Niang
Parfait. Merci encore pour ces informations additionnelles. Merci à vous.
Pour en savoir plus sur ce rapport sur les démences, le document complet est disponible sur le site web de l’Institut canadien d’information sur la santé à l’adresse icis.ca. En tant que proche aidante, Isabelle nous rappelle l’importance de demander de l’aide et de ne pas perdre espoir, car il y a moyen d’y arriver.
Merci d’avoir pris le temps de nous écouter. Abonnez-vous au balado d’information sur la santé et écoutez-le sur la plateforme de votre choix. Ici Alya Niang, à la prochaine.
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Comment citer ce contenu :
Institut canadien d’information sur la santé. Le long adieu : la démence après le diagnostic — Isabelle Roberge. Consulté le 4 avril 2025.

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