Patients en situation d’itinérance — D°ù Louis Francescutti et D°ù Andrew Bond
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36 min | Publié le 14 mai 2024
D’après les plus récentes données de l’ICIS, presque tous les patients (93 %) en situation d’itinérance hospitalisés ont été admis par le service d’urgence. Cette proportion élevée témoigne de lacunes dans l’accès aux soins de première ligne. Dans cet épisode du BISC, nous discutons des besoins complexes en matière de santé d’une population grandissante qui est sans domicile et qui se tourne vers les hôpitaux pour obtenir de l’aide, ainsi que des efforts des médecins pour trouver des solutions. Nos invités :
- Dr Louis Francescutti, médecin d’urgence à l’hôpital Royal Alexandra et au Northeast Community ºìÁì½í¹Ï±¨ Centre, à Edmonton (Alberta)
- Dr Andrew Bond, médecin en chef de l’organisme Inner City ºìÁì½í¹Ï±¨ Associates et cofondateur du réseau CNH3 (Canadian Network for the ºìÁì½í¹Ï±¨ and Housing of People Experiencing Homelessness)
Cet épisode est disponible en anglais seulement.
Transcription
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Dans tout le pays, de plus en plus de Canadiens n’ont pas de domicile et vivent dans la rue.
Combien de fois avez-vous été en situation d’itinérance?
Femme en situation d’itinérance
Beaucoup de fois. J’ai dormi dans la rue et je me suis fait voler.
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Cette femme mendiait sur un coin de rue très fréquenté de Toronto. Elle dit avoir 42 ans, être diabétique et partiellement aveugle.
Femme en situation d’itinérance
Partout où j’ai été, j’ai dû partir parce que les gens menaçaient d’appeler la police. Alors je me suis dit : « OK, je vais parti°ù ». Mais cela n’a pas de sens quand on n’a nulle part où aller.
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Selon Statistique Canada, plus d’un quart de million de Canadiens vivent des expériences d’itinérance chaque année, conséquence de la pauvreté, de la maladie, de la toxicomanie et de la hausse du coût du logement. Et lorsqu’ils tombent malades, ils sont parmi les plus grands utilisateurs des services d’urgence.
David
Là , j’ai une brûlure à la jambe.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Voici David, qui dit avoir été brûlé à la jambe lors d’un incendie. Quand on vit dans une tente, il est difficile de garder une plaie propre et d’appliquer des médicaments.
David
Je suis allé 2 fois à l’hôpital; 3 fois en fait. J’y vais toujours la nuit parce qu’il y a moins de monde — après minuit, toujours.
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L’épisode d’aujourd’hui porte sur l’itinérance et sur ses coûts pour la santé et nos systèmes de santé. Je vous présenterai de nouvelles données de l’Institut canadien d’information sur la santé montrant que le fardeau de l’itinérance est énorme.
Nous recevons 2 invités pour parler de cette question urgente. ´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å fait partie d’une équipe de Toronto qui fournit des soins médicaux directement aux personnes vivant dans la rue.
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å
Le logement est le facteur social qui influe le plus sur la santé. L’espérance de vie d’une personne en situation d’itinérance est inférieure de moitié à celle d’une personne ayant un logement.
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Nous entendrons également ³¢´Ç³Ü¾±²õ F°ù²¹²Ô³¦±ð²õ³¦³Ü³Ù³Ù¾±, un urgentologue d’Edmonton, qui est frustré par le cycle de traitement qui renvoie les personnes à la rue où leur état de santé s’aggrave en général.
³¢´Ç³Ü¾±²õ F°ù²¹²Ô³¦±ð²õ³¦³Ü³Ù³Ù¾±
Les établissements de soins de santé au Canada ne devraient pas être autorisés à laisser sortir un patient en situation d’itinérance.
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Bonjour et bienvenue au balado d’information sur la santé au Canada. Je suis ´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç, et j’anime cette discussion.
Remarque : Les opinions exprimées ici ne reflètent pas nécessairement celles de l’Institut canadien d’information sur la santé, mais il s’agit d’une discussion ouverte. Cet épisode porte sur les milliers de Canadiens qui vivent dans des fossés, le long des routes et dans des parcs, et qui finissent souvent à l’hôpital, un problème qui s’aggrave, mais qui, selon les personnes en première ligne, peut être résolu.
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å, médecin en chef de l’organisme Inner City ºìÁì½í¹Ï±¨ Associates, se joint à nous. Il s’agit d’un groupe d’environ 120 médecins et 40 infirmières qui offrent des soins aux sans-abri de Toronto. Merci de participer à l’émission, docteu°ù Bond.
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Merci de me recevoir, Avis.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Avant de commencer, je voudrais parler des termes « homelessness » et « homeless ». Ce sont les termes que j’ai toujours entendus. Mais aujourd’hui, j’entends aussi des expressions comme « unhoused » (sans logement) ou « unsheltered » (sans refuge). Le vocabulaire est-il en train de changer?
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å
En effet. Cette évolution tient du fait que ces termes ont pris un sens péjoratif pour de nombreuses personnes, et assurément pour les personnes en situation d’itinérance chronique. Où qu’elles soient, ces personnes se créent un foyer comme nous le faisons tous, vivent des expériences et se bâtissent une communauté.
En qualifiant ces personnes de « homeless », on leur retire cet aspect de leur expérience, on leur enlève leur force et leur capacité d’agir qui les aident à se rétablir. Les nouveaux termes mettent plutôt l’accent sur l’absence de logement.
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Beaucoup de gens, lorsqu’ils voient des campements de personnes itinérantes ou des sans-abri qui mendient, ne veulent pas les regarder. Ils détournent le regard. Vous voyez les personnes itinérantes d’une manière différente. Que voyez-vous?
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å
Oui. La première chose à laquelle je pense chaque fois que je vois quelqu’un qui se trouve sans abri de manière inexplicable, c’est qu’il s’agit d’une tragédie. C’est quelque chose qui aurait dû être évitable. Mais la façon dont nous avons structuré les choses en a fait une réalité incontournable.
Aujourd’hui, nous savons que la façon dont nous avons conçu les villes ne permet pas d’atteindre ce qu’on appelle le « net zéro », c’est-à -dire la capacité d’absorber et de loger toutes les personnes présentes.
Je peux vous dire que j’ai parfois le même sentiment, mais je crois que tout le monde réalise, à différents niveaux, qu’il s’agit d’un échec, et il est difficile de regarder la réalité en face, de voir l’échec se produire devant nos yeux.
Aussi, je pense que personne n’aime se sentir impuissant et je crois qu’en général, beaucoup de gens se demandent ce qu’ils peuvent faire et si le changement sera vraiment utile.
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J’étais dans un campement hier. Et chaque personne à qui j’ai demandé ce qu’elle voulait m’a répondu : « Un logement. » Ces gens ont parlé de vol. Ils ont parlé d’agressions. Ils ont parlé du fait que si leur comportement n’est pas assez bon, ils sont expulsés des refuges, et s’il n’est pas assez mauvais, ils ne vont pas en prison.
Beaucoup d’entre eux — en fait, tous ceux à qui j’ai parlé — utilisent l’urgence en dernier recours, comme le montrent les données qui ont été publiées. C’est la première fois que l’ICIS recueille des données sur les patients en situation d’itinérance.
Le code Z59 a été créé en 2018. Est-ce que je me trompe?
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å
Vous avez raison. Il s’agit bien du code Z59, auquel s’ajoutent les sous-identificateurs .1 à .9, selon le cas. Il s’agit d’un code de la classification internationale des maladies avec un code de spécification propre au Canada.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Ce code a donc été créé au Canada en 2018 pour obliger les hôpitaux à déclarer les patients en situation d’itinérance et à utiliser ce code pour les dénombrer. Ma première question est donc pourquoi ne l’avons-nous pas fait avant?
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å
C’est une bonne question. Je dirais que la grande majorité des systèmes de santé n’ont jamais considéré le suivi de l’itinérance comme une priorité et n’ont pas essayé de comprendre l’utilité de faire ce suivi.
Je dirais que malgré l’obligation, un très grand nombre d’entre eux utilisent très peu le code Z59 ou ne l’utilisent pas du tout. Il faut beaucoup de changements pour mettre en œuvre et faire respecter une d’obligation. Donc, le code est utilisé, mais il reste encore beaucoup à faire pour qu’il soit utilisé efficacement et systématiquement.
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Il s’agit donc d’un premier aperçu, mais les données indiquent qu’il y a eu près de 30 000 hospitalisations au pays en 2022-2023. Il s’agit du premier fichier de données.
La durée moyenne du séjour à l’hôpital d’une personne en situation d’itinérance était presque le double de la moyenne nationale, soit 15 jours contre 8 jours pour les personnes ayant un logement. C’est beaucoup, car cela entraîne des coûts. Ces personnes restent plus longtemps à l’hôpital. Ce nombre d’hospitalisations vous surprend-il?
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å
Pas du tout. Il est fort probable que les chiffres soient 3 à 4 fois inférieurs à la réalité. Je pense plutôt qu’entre 100 000 et 120 000 personnes sont hospitalisées chaque année.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Wow. Vraiment? Qu’est-ce qui vous fait dire cela?
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å
Parce que nous savons que ces cas ne sont pas déclarés, et parce que nous disposons de comparaisons entre les différents hôpitaux qui, une fois extrapolées, seraient beaucoup plus élevées. Nous savons donc que ce nombre sera largement supérieur.
Mais l’important, en premier lieu, c’est qu’il s’agit d’une priorité systématique. Ainsi, nous pouvons fixer des niveaux. C’est une base sur laquelle s’appuyer. Et même s’il s’agit d’un sous-dénombrement, nous savons qu’il est précis, qu’il est rarement erroné et qu’il constitue un seuil par rapport auquel nous pouvons nous situer. C’est donc un début.
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Qu’est-ce que ce nombre, aussi préliminaire soit-il, indique sur le coût des personnes en situation d’itinérance pour les systèmes de santé?
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å
Cela dépend du type d’affections pour lesquelles les personnes sont hospitalisées. Nous savons que pour les problèmes de santé mentale, les admissions sont généralement deux fois plus longues qu’en médecine générale ou en chirurgie. Et nous savons que la proportion de personnes en situation d’itinérance admises pour des raisons de santé mentale tend à être 3 à 4 fois plus élevée que celle des personnes admises pour des raisons médicales.
Ainsi, non seulement les personnes en situation d’itinérance sont admises à l’hôpital 2 à 3 fois plus souvent que les personnes ayant un logement, mais elles présentent également une complexité médicale beaucoup plus importante. Donc, rester plus longtemps ne signifie pas rester plus longtemps de manière inappropriée. Cela signifie souvent que les personnes restent plus longtemps parce que leur cas est beaucoup plus complexe sur le plan médical.
Mais ce que nous savons, c’est que le taux retour au service d’urgence après une hospitalisation est d’environ 50 % dans les 30 jours suivant la sortie et de 40 % dans les 15 jours. Donc, un grand nombre de personnes, en plus d’utiliser les soins, reviennent à l’hôpital dans le mois suivant leur sortie, sans doute dans le même état, pour recevoir d’autres soins. Cela signifie que nous n’avons pas atteint notre objectif lors de l’hospitalisation initiale. De plus, cela devient coûteux, car il faut parfois 3 ou 4 admissions pour résoudre un problème. Il est donc probable que le prix pour chaque problème de santé soit beaucoup plus élevé.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Oui. Cela ressemble à une mauvaise utilisation des ressources, n’est-ce pas?
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å
En effet. Je pense que ce que nous avons découvert, et c’est là le problème fondamental dont je continue de tirer des leçons, c’est que lorsqu’on n’a pas de domicile fixe ou sûr, il est physiquement impossible de suivre les conseils de santé publique, par exemple.
Nous savons donc que pour toutes sortes d’affections, se reposer les jambes pour éviter d’aggraver une blessure, par exemple, est impossible pour une personne dans un refuge qui est obligée de partir le matin et de revenir tard le soir. Si vous êtes dans la rue, vous ne pouvez absolument pas changer des pansements ou prendre des médicaments. Vous avez parlé des vols tout à l’heure. Souvent, les gens se font voler leurs médicaments. Il s’agit donc de véritables défis.
Et il est étonnant de voir à quelle vitesse tout ce qui concerne les soins de santé est perturbé lorsqu’on n’en a pas. Le défi que nous devons relever aujourd’hui consiste à trouver une façon d’atténuer et de réduire ces dommages afin d’améliorer la qualité et les résultats des soins de santé tout en veillant à ce que les gens soient logés.
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Dans le même ordre d’idées, les données de l’ICIS indiquent que 93 % des personnes en situation d’itinérance finissent par se rendre à l’hôpital en passant par l’urgence. Qu’en pensez-vous?
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å
Nous savons qu’en ce moment, 6 millions de Canadiens souffrent parce qu’ils n’ont pas accès à des soins primaires ou à un médecin traitant, sans parler de ceux qui, pour des raisons physiques, sociales et médicales, n’y ont pas accès non plus. Cela signifie qu’il n’y a pas d’autre solution valable et que notre système de soins primaires a été en grande partie conçu, soyons francs, en fonction de la vie sociale des classes moyenne et supérieure, qui peuvent utiliser les soins en établissement.
Mais il y aura toujours au pays une population ou un groupe assez important dont la vie sociale sera incompatible avec cette forme et ce modèle de soins. Et ce n’est pas réaliste de penser que nous sommes capables de répondre à leurs besoins de cette façon. C’est pourquoi, par exemple, nous allons dispenser des soins dans la rue, dans les refuges et dans les organismes communautaires. Nous intégrons les soins de santé dans les espaces communautaires existants, car c’est là que les gens se trouvent.
Les soins de santé doivent se rendre jusqu’aux gens. Nous avons un système très paternaliste qui nous dit de suivre les ordres du médecin ou de l’infirmière, mais aussi d’aller à eux pour obtenir des soins. Pour un grand nombre de personnes, cela n’a aucun sens. Et nous pouvons en fait fournir des soins plus efficaces, moins coûteux et de meilleure qualité en procédant différemment.
Nous sommes plusieurs groupes à le faire au pays, mais comme vous l’avez mentionné tout à l’heure, 93 % des personnes en situation d’itinérance n’ont pas encore accès à ce type de soins.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Vos équipes se rendent donc sur place, dans les campements, pour les aider. Pensez-vous que cela contribue suffisamment à réduire la pression sur les systèmes de santé et sur les hôpitaux?
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å
Si la question est de savoir si nous avons évité les visites à l’urgence, la réponse est oui, tous les jours, car chaque rencontre se serait déroulée différemment. Et cela se serait produit au service d’urgence, comme vous l’avez dit à propos des données.
Au lieu de simplement faire des interventions isolées, nous tentons de créer tout un système intégré, et nous utilisons un dossier médical électronique unique pour l’ensemble du système de soins aux personnes en situation d’itinérance afin de relier tous nos dispensateurs (médecins de première ligne, psychiatres, pédiatres, infirmières praticiennes et infirmières), le tout de manière intégrée, dans l’ensemble du système, y compris les équipes mobiles et les équipes de proximité.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Comment faites-vous pour ne pas avoir le cœur brisé lorsque vous voyez ces personnes et les problèmes du système qui sont si difficiles à résoudre?
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å
On n’essaie pas de ne pas avoir le cœur brisé. Je pense que le fait d’avoir le cœur brisé, jour après jour, est ce qui nous motive à continuer et à ne jamais nous arrêter. Ça, c’est la première partie. La deuxième partie, c’est que tant que nous ne sommes pas les personnes en situation d’itinérance, nous avons le privilège et la responsabilité d’agir, je dirais, en particulier parce qu’il s’agit d’un échec collectif et qu’il faut faire quelque chose à ce sujet.
Et il se trouve que dans ce domaine, nous pouvons en faire beaucoup. Certains problèmes sociaux sont extrêmement difficiles, voire impossibles à résoudre. Pas celui-ci. Nous savons exactement ce qu’il faut faire, et nous savons qu’il est rentable de le faire.
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Si vous deviez nommer les 3 choses à faire d’ici un an ou deux (ou avant) pour réduire le nombre de personnes expulsées des campements, quelles seraient-elles, dans l’ordre?
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å
Je n’ai que très rarement l’occasion de rêver aussi grand. La première serait d’assurer la création d’un parc de logements disponibles et abordables, adaptés à de nombreuses communautés qui n’ont pas de domicile fixe. Il est question ici de logements sociaux, de coopératives d’habitation. Des pays membres de l’OCDE, le Canada a l’un des plus faibles ratios de logement social et coopératif par rapport au logement du marché.
Il ne s’agit donc pas seulement de suivre une stratégie nationale pour le logement qui consiste à construire davantage et plus grand. Il faut aussi construire en fonction des besoins des gens et accorder la priorité à ceux qui n’ont pas de logement ou qui sont mal logés. Ce serait la première chose.
La deuxième serait de nous assurer que notre système de santé fait partie de la solution à la crise du logement, que les soins de santé et le logement sont inextricablement liés dans les mesures que nous prenons. C’est bon pour les gens, les collectivités, le logement, le système de santé et les finances publiques.
La dernière est plus large et s’applique à tous les domaines : il ne faut pas oublier que la grande majorité des personnes qui sans logement le sont à cause de la vaste crise de l’abordabilité qui sévit actuellement.
La grande majorité des personnes qui perdent leur logement à l’heure actuelle sont des personnes qui vivent tout juste au-dessus du seuil de pauvreté et qui, lorsque survient une crise comme un problème familial, un deuil ou une perte d’emploi, réalisent qu’elles n’ont nulle part où aller.
Nous devons donc faire mieux et ne pas nous contenter de mesures qui protègent la classe moyenne. Nous devons veiller à ce que les personnes à faible revenu soient doublement protégées.
C’est ce que nous avons fait avec la PCU, par exemple, pendant la pandémie de COVID-19. Nous devons commencer à examiner quelles sont les caractéristiques acceptables des filets de sécurité, car se tromper et mal faire les choses est très mauvais pour la collectivité, mais en plus, c’est terriblement coûteux.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Merci beaucoup, docteu°ù Bond. Merci d’avoir pris le temps de nous l’expliquer. J’espère que vos 3 vÅ“ux se réaliseront.
´¡²Ô»å°ù±ð·É‵þ´Ç²Ô»å
Merci beaucoup, Avis. C’est gentil de votre part.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Les hommes et les femmes à qui j’ai parlé dans le campement étaient très clairs sur une chose. De quoi auriez-vous besoin pour avoir une vie meilleure?
Femme en situation d’itinérance
Juste une maison, un endroit qui m’appartient.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Dans tout le pays, des solutions sont proposées et mises en œuvre, par exemple des programmes de construction de minimaisons gratuites pour les personnes en situation de pauvreté, des programmes de sensibilisation, et même un projet pilote de transferts monétaires inconditionnels de 7 500 dollars en Colombie-Britannique pour réduire l’itinérance.
En Alberta, un programme innovateur attire beaucoup l’attention. Il utilise les visites au service d’urgence pour aider les personnes sans logement à reprendre leur vie en main.
Accueillons maintenant le D°ù ³¢´Ç³Ü¾±²õ F°ù²¹²Ô³¦±ð²õ³¦³Ü³Ù³Ù¾±, urgentologue à Edmonton. Bienvenue à l’émission.
³¢´Ç³Ü¾±²õ F°ù²¹²Ô³¦±ð²õ³¦³Ü³Ù³Ù¾±
Merci.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Pour commencer, parlons de la situation à Edmonton. Je crois savoir que l’année dernière seulement, vos hôpitaux ont traité quelque 9 000 patients en situation d’itinérance. Ce nombre semble incroyable, est-il exact?
³¢´Ç³Ü¾±²õ F°ù²¹²Ô³¦±ð²õ³¦³Ü³Ù³Ù¾±
Il s’agit du nombre de patients que nous voyons dans tous les services d’urgence. En ce qui concerne l’ensemble des visites, nous savons qu’à Edmonton, le nombre est passé de 13 000 — laissez-moi vérifie°ù — à 17 000. Cela représente une augmentation de 49 %.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Et sur quelle période cette augmentation s’est-elle produite?
³¢´Ç³Ü¾±²õ F°ù²¹²Ô³¦±ð²õ³¦³Ü³Ù³Ù¾±
Sur un an.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Un an? Êtes-vous surpris?
³¢´Ç³Ü¾±²õ F°ù²¹²Ô³¦±ð²õ³¦³Ü³Ù³Ù¾±
Non, je ne suis pas surpris, car je travaille à l’urgence et je vois cela tous les jours. Lorsque je commence mon quart à 6 h, il y a au moins 12 à 15 patients qui ont passé toute la nuit dans la salle d’attente, sans se plaindre parce qu’ils ont un endroit chaud où rester, pour voir un médecin le matin.
Nous connaissons certaines de ces personnes par leur nom parce qu’elles viennent régulièrement, et ce n’est pas de leur faute. Elles n’ont pas d’autre endroit où aller. Le service d’urgence est la dernière ligne de défense de la société. Ce service est offert 24 heures su°ù 24, 7 jours su°ù 7, 365 jours par année. Nos portes sont toujours ouvertes. Nous ne refusons personne. Ces patients sont nos plus grands malades.
Par exemple, cet homme de 46 ans qui est venu avec sa femme la semaine dernière. Il était dans une chambre et quand j’ai ouvert la porte, j’ai été frappé par la puanteur. Il m’a dit : « Hé! docteur, désolé de ne pas vous avoir prévenu, mais quelque chose pue, vraiment. » Il a dit : « Je pense que c’est ma jambe. » Sa femme lui avait fait un bandage à la jambe gauche. Sous le bandage, la jambe était pourrie, enflée et purulente.
J’ai demandé ce qui s’était passé. Il a dit : « Vous savez, je me suis cassé un os en février de cette année, et ils m’ont mis une attelle pneumatique, mais je suis sans-abri. J’ai essayé de m’en occuper, mais je vis dans la rue et la plaie s’est infectée. Ça s’annonce mal, n’est-ce pas? » J’ai dit : « En effet, ça s’annonce très mal. » Et il a dit : « La meilleure chose à faire serait probablement de la couper. »
Eh bien, après une consultation en chirurgie plastique et en orthopédie, c’est ce qui arrivera à sa jambe. Il va falloir l’amputer sous le genou, simplement parce que cet homme n’avait pas d’endroit où rester.
Ainsi, l’idée selon laquelle les soins s’arrêtent aux limites de l’hôpital et ne se rendent pas jusqu’à la collectivité, il faut l’oublier, car pour bien soigner ce patient, il faut lui fournir un logement et des soins continus. Ces personnes se présentent à l’urgence et reçoivent des soins de haut niveau, puis nous les remettons à la rue. Cela n’a aucun sens. Il y a une expression anglaise pour cela : treat them and street them, c’est à dire les traiter et les mettre à la rue.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Les traiter et les mettre à la rue?
³¢´Ç³Ü¾±²õ F°ù²¹²Ô³¦±ð²õ³¦³Ü³Ù³Ù¾±
Oui. Cela provoque une grande détresse morale aux infirmières, mais aussi aux travailleurs sociaux, aux médecins et à toutes les personnes qui travaillent à l’urgence.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Dans le cas dont vous parlez, il s’agit d’un jeune sans-abri et de sa conjointe. Tous deux étaient en situation d’itinérance?
³¢´Ç³Ü¾±²õ F°ù²¹²Ô³¦±ð²õ³¦³Ü³Ù³Ù¾±
Oui. J’essaie de ne pas insister, car les personnes sans-abri ont une capacité limitée à faire face à ce genre de situations. Au fond, les personnes itinérantes sont accros au chaos. Leur vie n’est qu’une succession d’événements chaotiques, où elles tentent de survivre.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Les équipes médicales et les hôpitaux font donc de leur mieux pour les remettre sur pied. Dans la plupart des cas, ils ne peuvent pas les garder et les laissent sortir. Mais de là à les traiter et à les mettre à la rue, comment mettre fin à ce cycle?
³¢´Ç³Ü¾±²õ F°ù²¹²Ô³¦±ð²õ³¦³Ü³Ù³Ù¾±
Les établissements de soins de santé au Canada ne devraient pas être autorisés à laisser sortir un patient en situation d’itinérance. Il devrait y avoir une norme stipulant qu’une personne qui se présente dans un établissement de soins de santé au Canada ne sera pas remise à la rue.
Les administrateurs des soins de santé seront assurément pris au dépourvu, mais ils devront faire avec. Nous l’avons fait, nous avons prouvé que c’est possible. Maintenant, à votre tour. Sinon, on crée une porte tournante qui coûte énormément d’argent au système.
On estime que le coût des soins dispensés à un seul patient sans-abri s’élève à 160 000 $ pa°ù an. Lorsqu’on multiplie ce montant par 35 000 visites, on obtient des milliards de dollars. L’argent sera dépensé tôt ou tard. Il faut le dépenser de la bonne façon.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Est-ce cela qui vous a poussé à dire qu’il fallait faire quelque chose?
³¢´Ç³Ü¾±²õ F°ù²¹²Ô³¦±ð²õ³¦³Ü³Ù³Ù¾±
Non. Au bout d’un moment, on se gratte la tête, on se dit que ça ne fonctionne pas et qu’il doit bien y avoir une meilleure façon de faire. J’enseigne la défense des droits à l’université, et nos étudiants choisissent chaque année un projet auquel travailler. Il y a 4 ou 5 ans, le projet qu’ils ont choisi, avec un peu d’exploration, portait sur la manière d’améliorer la prise en charge des patients sans-abri à l’urgence.
C’est ainsi que nous avons eu l’idée. Ensuite, nous avons cherché des partenaires communautaires. Le Jasper Place Wellness Centre, dans l’ouest de la ville, a proposé un nouveau concept de 3 bâtiments de 12 logements chacun, basé sur le modèle Eden. Il m’a semblé que cela correspondait peut-être à ce que je cherchais. C’est ainsi que nous avons eu l’idée de passer à l’action et de faire les choses différemment.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Vous parlez de la création du programme. Je pense que le nom officiel est Bridge Healing Transition Accommodation Program, mais vous l’appelez Bridge Healing.
³¢´Ç³Ü¾±²õ F°ù²¹²Ô³¦±ð²õ³¦³Ü³Ù³Ù¾±
Nous l’appelons Bridge Healing pour abréger, oui.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Expliquez-nous comment cela fonctionne.
³¢´Ç³Ü¾±²õ F°ù²¹²Ô³¦±ð²õ³¦³Ü³Ù³Ù¾±
C’est très simple. Vous vous présentez à l’urgence et je découvre en discutant avec vous que vous êtes en situation d’itinérance. Je vous parle alors de notre programme et je vous explique que s’il y a un lit de libre, nous pouvons vous accueillir immédiatement et vous aider à avancer et à trouver un logement permanent supervisé. Vous avez votre propre chambre. Le logement et les repas sont gratuits. Vous avez droit à un repas chaud par jour, et il y a de la nourriture dans le garde-manger si vous voulez vous cuisiner des repas. Je vous explique qu’il y a 11 autres clients et qu’il y a des travailleurs sur place. Nous vous y envoyons en taxi, avec votre permission, et nous vous mettrons sur la voie de la guérison.
La majorité des gens disent oui. Nous appelons alors un taxi, et ils se rendent sur place. Ils sont accueillis, on les conduit à leur chambre où ils peuvent dormir un jour ou deux pour rattraper leur retard de sommeil.
Et lorsqu’ils reviennent, nous avons une liste de contrôle. Avez-vous une pièce d’identité? Avez-vous un compte bancaire? Quand avez-vous eu un logement pour la dernière fois? Quel type d’endroit recherchez-vous? Si vous êtes membre d’une Première Nation, aimeriez-vous essayer de retourner dans votre collectivité? Ou préférez-vous retourner dans une collectivité où vous aurez plus de soutien? Voici les règles de la maison. Commençons.
´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç
Jusqu’à présent, combien de personnes ont suivi le programme Bridge Healing?
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Environ 120 personnes. Chez celles qui sont logées de façon permanente, les visites au service d’urgence ont diminué de 85 %, ce qui est assez extraordinaire.
Et même chez les personnes qui ne restent pas jusqu’à la fin pour trouver un logement permanent, nous observons une réduction de 35 % parce que nous avons pu leur trouver des pièces d’identité et les aider à démarrer. Un grand nombre de gens ne sont pas encore tout à fait prêts.
Rappelez-vous, j’ai dit au début qu’ils étaient accros au chaos. Et tout d’un coup, ils se retrouvent dans un environnement où personne n’essaie de leur vendre une religion. Nous ne vendons rien. C’est un environnement sûr. Personne ne les maltraite. Pour beaucoup d’entre eux, le passage du chaos le plus total à un environnement structuré, bienveillant, sûr et chaleureux est trop difficile. Ce n’est tout simplement pas le bon moment pour eux. Et c’est très bien ainsi. Ils pourront revenir quand ils seront prêts.
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S’ils viennent à l’urgence et que vous essayez de leur donner des médicaments ou des rendez-vous de suivi, lorsqu’ils sont sans-abri, ils n’ont aucun moyen d’accéder à des rendez-vous réguliers.
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Cela peut être un peu compliqué de savoir comment obtenir ses médicaments, comment les payer, comment les prendre, comment éviter de vous les faire voler, de les perdre ou de les oublier quelque part. La vie est rude dans la rue. Beaucoup de personnes ne survivent pas. Elles meurent dans la rue, sans abri.
Et leur nombre a considérablement augmenté. Je pense que le nombre de patients sans-abri décédés dans la rue a augmenté de 800 % ces deux dernières années.
Donc, premièrement, nous avons un problème et il est pancanadien. Il ne touche pas que l’Alberta. Deuxièmement, nous avons un système de santé qui nous coûte très cher et qui ne fournit pas les soins qu’il devrait. Et troisièmement, ces hommes et ces femmes se présentent toutes les heures pour nous dire : « S’il vous plaît, aidez-moi. J’ai tout essayé. Je ne peux obtenir d’aide nulle part. Vous êtes mon dernier recours. Pouvez-vous m’aider? » Et si nous nous contentons de leur mettre un pansement, de leur donner un sandwich et une nouvelle paire de chaussettes, puis de les remettre à la rue, nous sommes complices de ces mauvais soins.
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J’entends deux émotions : de la tristesse et de la colère ou de la frustration.
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En fait, cela fait 30 ans que je fais de mon mieux et on dirait que je n’en fais jamais assez. La colère que vous entendez est peut-être mêlée à un peu d’optimisme grâce à l’intervention de journalistes comme vous et de l’ICIS et grâce au public qui se mobilise. Hier, nous avons eu une réunion formidable à Bridge Healing avec un promoteur qui nous a offert de nous construire un bâtiment.
Je pense donc que d’ici un an, nous aurons 20 autres bâtiments. Donc 20 bâtiments de 12 lits chacun, cela donne 240 lits de plus que ce que nous avons actuellement. Nous devrions disposer d’environ 300 lits, ce qui serait formidable, et chaque patient qui se présentera à l’urgence, et qui le souhaite, aura un endroit où aller.
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Vous avez dit qu’il n’y avait que 12 unités et que le concept était basé sur le modèle Eden. Pourquoi 12?
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Si vous mettez 8 à 12 adultes ensemble, ils forment instantanément une communauté ou une famille. Nous le constatons. Il y a toujours quelqu’un qui veut cuisiner ou quelqu’un qui veut organiser une soirée karaoké. Si le bâtiment est beaucoup plus grand que cela, les gens finissent par s’isoler dans leur chambre, ce qui n’est pas bon. Les personnes qui s’isolent risquent davantage de consommer de la drogue ou de subir toutes sortes de conséquences néfastes.
Le bâtiment compte donc 3 étages. Au rez-de-chaussée, on trouve un espace commun, une cuisine commune, tout le matériel informatique et de loisirs nécessaire, ainsi qu’une buanderie. Les deuxième et troisième étages comptent chacun 6 suites accessibles aux personnes en fauteuil roulant.
Mais nous avons constaté que les gens passent le plus clair de leur temps au rez-de-chaussée. C’est au rez-de-chaussée qu’ils commencent à tisser des liens, à découvrir qu’ils ont plus de choses en commun qu’ils ne le croient et à entamer leur parcours vers la guérison. Et c’est magnifique. J’y étais hier, et vous pouvez les voir rire et s’amuser. Si quelqu’un passe une mauvaise journée, il y a suffisamment de personnes autour qui ont vécu une expérience semblable pour le réconforter. Mais ces gens doivent aussi s’efforcer de trouver un logement permanent supervisé.
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Combien de temps peuvent-ils rester dans ces résidences?
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Vous savez, nous constatons qu’ils restent en moyenne de 45 à 60 jours. Certains restent plus longtemps, d’autres moins longtemps. Il est donc réaliste de leur permettre de rester aussi longtemps que nécessaire, selon la complexité de leur état, et de ne pas les pousser trop vite vers la sortie.
Et ils n’ont rien à payer. Par exemple, les coûts d’exploitation du bâtiment sont pris en charge par les Services de santé de l’Alberta. Nous devons quand même trouver des fonds, mais la Ville paie environ 25 % du coût du bâtiment. Les gouvernements fédéral et provincial nous versent aussi du financement, et nous avons aussi des donateurs.
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On dirait qu’avec ce projet, ce qui était un fardeau pour vous est devenu une lueur d’espoir.
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Oui, je suis très enthousiaste, car après un an d’activité, maintenant que nous prouvé que cela fonctionne, nous avons l’attention des décideurs. Aujourd’hui, différents ministères nous contactent pour savoir comment ils peuvent faire partie de la solution.
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Que constatez-vous? Avez-vous des anecdotes de personnes sans-abri ayant trouvé un logement?
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Oui. La plus connue est sans doute celle de la troisième personne à avoir été admise à Bridge Healing. C’est un homme que j’ai vu à l’urgence, je lui ai dit : « Vous seriez un excellent candidat pour ce projet. Est-ce que ça vous intéresse? » Et il a répondu : « Absolument. » Sa famille venait d’éclater. Il avait des problèmes d’alcool, avait perdu son travail et son chien. Je n’oublierai jamais à quel point il était triste d’avoir perdu son chien.
Mais il y est allé, et j’ai suivi son parcours. Non seulement ça, mais il s’est lié d’amitié avec 2 autres gars qui étaient là . Ils sont devenus si proches qu’ils ont emménagé dans le même appartement pour rester ensemble. Ils ont tous trouvé un emploi. Il revient à Bridge Healing pour faire du bénévolat, parler aux gens et leur dire qu’il est passé par là . Je m’en sors bien. Tenez bon et vous vous en sortirez aussi.
Cela en a valu la peine. J’envisage le jour où je pourrai construire suffisamment de bâtiments pour que les gens puissent s’y rendre directement, frapper à la porte et voir s’il y a de la place. Et si c’est le cas, ils y entreront sans passer par le service d’urgence ni appeler une ambulance.
Les refuges sont une bonne chose, mais ils ont besoin de patients sans-abri. Il faut donc briser ce modèle. Nos coûts de construction ne représentent qu’une fraction de ce qu’ils sont normalement. Et nous avons l’aide de promoteurs immobiliers, comme cette femme qui a généreusement acheté tous les terrains qu’il nous restait. Elle va construire les bâtiments pour nous et nous allons les lui racheter. Il y a donc beaucoup de bonnes personnes autour de nous. Je veux dire, j’aurais dû prendre ma retraite il y a des années, mais c’est difficile maintenant que nous avons le vent en poupe, je ne veux pas briser notre élan.
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Vous pensez que cela pourrait fonctionner dans tout le pays?
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Oui, mais je me concentre sur l’Alberta. Le reste du pays doit se mobiliser et décider de s’attaquer à ce problème. Mais s’ils sont prêts à apprendre, nous sommes tout à fait disposés à partager ce que nous avons appris.
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Super. Merci beaucoup docteur pour le temps que vous nous avez accordé.
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Il n’y a pas de quoi.
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Pour conclure, je précise que le Canada s’est doté d’une stratégie de lutte contre l’itinérance, qui vise à réduire l’itinérance chronique de 50 % d’ici 2027.
Vous trouverez beaucoup de données sur l’hospitalisation des personnes en situation d’itinérance sur le site Web de l’ICIS, à i-c-i-s point c-a. Merci d’avoir pris le temps de nous écouter. Et n’oubliez pas, il y a une histoire derrière chaque personne itinérante que vous croisez dans la rue.
Notre producteur exécutif est Jonathan Kuehlein, notre assistante de production est Heathe°ù Balmain, et un grand merci à Alya Niang, l’animatrice du balado de l’ICIS en français. Abonnez-vous au Balado d’information sur la santé au Canada et écoutez-le sur la plateforme de votre choix.
Ici ´¡±¹¾±²õ F²¹±¹²¹°ù´Ç, à la prochaine.
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Comment citer ce contenu :
Institut canadien d’information sur la santé. Patients en situation d’itinérance — D°ù Louis Francescutti et D°ù Andrew Bond . Consulté le 3 avril 2025.

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